À l’instar de la roture, il m’arrive parfois de devoir faire usage des infrastructures sanitaires publiques. Ces besoins primitifs qui m’animent m’incitent ainsi à cheminer physiquement et psychologiquement vers ce lieu de dépravation commune où tout homme (considérant le fait que j’utilise les toilettes pour hommes, point de sexisme ici mesdames), qu’importe sa religion, sa race (ce terme n’ayant pas lieu d’être, nous sommes humains pardi!) et sa classe sociale. Évidemment, le séant de ce bon vieux punk « squeegee » fait probablement montre d’une hygiène plus douteuse que celle de l’homme d’affaire dit « respectable » mais l’action proférée à l’encontre du réceptacle des déboires de la vie demeure la même. De ce fait, c’est un lieu propice à une dégradation absolue, à une décrépitude sans nom et aux pires horreurs abominables qui sont exposées impunément dans la tristesse et l’anonymat.

Ce que la toilette publique moyenne ne sent généralement pas
Comme vous vous en êtes probablement rendu compte, à moins d’être un spectre ou un robot, il existe différents types de toilettes publiques. Lorsqu’un s’agit de procéder à une vidange complète, il est important d’être à l’aise et de sentir qu’il sera possible de sortir de cette salle sans un ver solitaire, une morsure d’alligator ou une maladie inconnue. C’est pourquoi certains endroits sont plus propices. Les latrines en milieu de travail sont probablement les plus propices à dégager un sentiment d’appartenance et de sécurité. Le travailleur moyen a tendance à être plus respectueux de sa bécosse lorsqu’il est possible qu’il soit démasqué s’il succombe à la tentation de refaire la déco des lieux. De plus, on fréquente habituellement ce lieu a jeun, ce qui est un point positif majeur pour la propreté. En seconde position se situeraient probablement les toilettes d’hôtels et de grands restaurants. La plèbe ne s’y déverse habituellement pas et les normes d’hygiène sont relativement sévères. Même lorsque les mouches y volent gaiement, l’odeur est agréable, ce qui est déjà très bien.
En dépit de la population variée qui cohabite dans ces intimes cabinets, on peut quand même remarquer que la courbe du niveau de propreté de la toilette publique décline de pair avec celle de la classe sociale de la majorité de ses utilisateurs. C’est ainsi qu’on retrouve les pires affrosités tentaculaires cosmiques suintantes dans les toilettes de « cabanes à patates » (dont le menu est exquis mais où on ne voudrait pas inspecter les cuisines) ou dans les « truck stop ». Les restaurants ouverts 24 heures par jour sont aussi le théâtre d’atrocités innommables qui me font désirer la mort de leurs instigateurs tout en me questionnant grandement sur leur milieu de vie. Tout le monde a déjà été témoin de quelques traces de vomissures éparses, d’urine vagabonde n’ayant su trouver sa voie, de serviettes hygiéniques dont je vous épargne les détails (toujours dans la toilette des hommes) et j’en passe.

Orifice répugnant
Nul besoin pour moi d’élaborer plus longuement car je suis confiant que vous avez compris et que bon nombre d’anecdotes douteuses sont surgies péniblement de votre subconscient, jumelant un sourire en coin à une activité gastrique accrue, mais je prend quand même la peine de mettre l’emphase sur l’Eldorado de la chiotte dégueulasse : la toilette chimique. Ce cabinet coloré à l’aération déficiente, souvent utilisé dans les manifestations publiques de grande envergure en milieu ouvert, recèle un amalgame de situations et d’odeurs loufoques qui dépasse l’entendement. Il m’arrive souvent de me demander, lorsque les buissons sont indisponibles; « Comment diable une horde de chacals a-t-elle pu venir décapiter un jeune cerf ici pendant ce spectacle? » Ma jeunesse et l’innocence qui y est rattachée ne m’a appris qu’à me protéger, à rester à l’affut, mais l’âge adulte me fit réaliser que des hommes, primitifs certes mais hommes tout de même, étaient à l’origine de ces désastres naturels à petite échelle. Comme si le fait de déféquer dans un bac en plastique contenant un liquide bleu inconnu au milieu de 10000 personnes saoules au soleil à 40 degrés n’était pas suffisamment pénible, il faut que certains individus ignobles aillent souiller cet infecte cabanon avec leurs fluides. Si vous avez déjà agi de la sorte, fuyez avant que je ne vous pourfende! Mention spéciale à l’urinoir répugnant qui orne certains habitacles sanitaires et dont le fumet prend parfois vie.
Le fait est que, aussi malpropre que vous puissiez être, vous ne désireriez probablement pas qu’un inconnu vienne badigeonner de matières fécales les murs de votre salle de bain tout en gerbant allègrement sur le siège de toilette et en jetant à la flotte l’intégralité du rouleau de papier hygiénique. Pourquoi alors faire subir ce traitement à de joyeux inconnus partageant les mêmes besoins que vous? La prochaine fois que vous éprouvez le désir de mettre de côté votre nature humaine au profit d’élans porcins, prière de fuir dans la forêt sans quoi vous vous réveillerez un jour avec un rein en moins dans une baignoire pleine de glace, ces actes barbares étant prodigués par mes besoins, exception faite que l’on remplace ici le rein par les couilles, la baignoire par un vieux baril rouillé de « hobo » et la glace par de la merde.
P.S.
Pourquoi une gomme et/ou du papier dans l’urinoir!?
















