Quatre toilettes

Le 8 juillet 2010 s’amorçait, dans la joie et l’allégresse, la 43e édition du Festival d’été de Québec et plusieurs artistes de renom se succèdent depuis sur les différentes scènes montées pour l’événement. Adepte de distorsion que je suis, le Festival m’offre cette année une ribambelle d’artistes fabuleux tels que Iron Maiden, Rush, Apocalyptica et Rammstein. Il y a aussi une foule d’autres individus potentiellement talentueux qui sauront attirer des hordes insatiables et hétéroclites d’adeptes désireux de s’entasser tels des sardines sur les Plaines d’Abraham et autres sites de réjouissances afin de souiller les lieux en hurlant au son de la musique. Ivrognes et autres s’unissent donc sous la bannière de la mélomanie afin de profiter à bas prix de cette fête qui attire des milliers de fanatiques prêts à dépenser leurs économies pour la bonne cause. Ingurgitation massive de liquide oblige (« Qui boit une bière en pisse deux. »), le besoin d’uriner se fait éventuellement ressentir et il est important d’être en mesure, malgré la foule dense et dans le cadre de cet événement bien organisé, surtout afin d’éviter de se relâcher sur les jambes de ses voisins, de répondre à l’appel de la nature.

toilettesChimiques2

Toilettes chimiques

Étant un homme pudique, relativement respectueux du bien public ainsi que de mes concitoyens, je tente généralement de ne pas agrémenter clôtures, bâtiments, véhicules motorisés, punks ou végétaux variés de mon gracieux jet, synonyme de libération et d’un avenir prometteur. C’est pourquoi, lorsque je suis dans un lieu public achalandé, je recherche les infrastructures sanitaires afin de procéder à une vidange en règle. Alors que je défiais la pluie au nom de la gloire métallique des Britanniques de Iron Maiden, je fus sidéré de constater qu’il n’y avait que quatre toilettes chimiques à l’endroit où je me trouvais et aucun autre cabinet bleu (couleur variable) n’était visible à l’horizon. Voilà qui expliquait donc la présence accrue d’exhibitionnistes dans les parages alors que les mâles tiraient profit de leur avantage anatomique le long des arbres et stationnements alors que les femmes (exception faite de quelques téméraires) patientaient bien malgré elle devant les boîtes pestilentielles.

detresse2

Détresse

Devant la détresse de la gente féminine en place et parce que mon esprit pratique fut piqué au vif, je m’exclamai donc: « Pourquoi diable n’y a-t-il que quatre toilettes!? » Désemparé, je mordis vivement dans la cuisse d’une passante afin de reprendre mes esprits et me questionnai. Bien que d’autres îlots semblables soient vraisemblablement disponibles ailleurs sur le site, quel sordide individu était-il venu à la conclusion qu’une zone ne comportant que quatre vulgaires sièges de toilette suffirait à la demande? Dans un espace limité peuplé par des dizaines de milliers de mammifères fanatiques, la quête d’un exutoire peut s’avérer vitale. L’œil vif du bipède en situation de crise repère donc rapidement la boîte de plastique salutaire qui lui évitera de perdre sa dignité et se précipite maladroitement vers le réceptacle prisé sans analyse supplémentaire, le soulagement anticipé étant remplacé par la tristesse et la douleur alors que se tortillent autour des quatre trônes, victimes de leur condition, le visage crispé par le mécontentement, des dizaines de personnes qui sont entrain de manquer le spectacle, ne pouvant faire autrement qu’attendre leur tour.

Hommes, femmes et hermaphrodites de toute nationalité, religion ou orientation sexuelle se ressemblent en cette caractéristique qu’est le besoin d’évacuer, sous différentes formes, les déchets de l’organisme. Bien que certains êtres désaxés exploitent sexuellement les rejets odorants qui en résultent, la plupart d’entre nous ne convoitons simplement que ce même désir de soulagement. Qu’on le veuille ou non, ce facteur physiologique, perçu comme faiblesse, force ou fatalité, nous guide et nous unit et il est important de prendre conscience de l’importance qu’occupe cette activité anodine dans nos vies afin d’être en harmonie avec les autres comme avec soi-même. De ce fait, lorsque l’on est responsable du bien-être collectif à travers un lieu et/ou un événement, il est primordial de se souvenir que le bonheur relatif à l’expérience encourue est directement lié au bien-être corporel du participant. L’inconfort engendré par l’incapacité de se soulager en est un qui est tout aussi ironique que frustrant car nous sommes pudiques et civilisés et notre capacité à procéder à une évacuation acceptable ne dépend que trop souvent de l’aptitude de certaines gestionnaires à nous fournir des installations propices. On pourrait aussi penser à la présence de deux éviers et d’un seul séchoir à mains dans une salle de bain comportant neuf toilettes mais cet échec logistique appartient à un autre débat. Ô toi qui néglige la nature même de l’Homme, puisses-tu mourir noyé dans une fosse septique.

About these ads

17 Réponses to “Quatre toilettes”

  1. Quel fabuleux délire. Même en 1992, au cours de l’extraordinaire concert de la Saint-Jean-Baptiste de Disraëli, offert par le groupe Les Drummers de Saint-Agapit (quatre drummers, pas de chanteur), il y avait davantage de toilettes pour une poignée de gars chauds, plus occupés à sa câlisser dans la rivière adjacente que d’écouter les performances scéniques des drummers susmentionnés.

    Le Festival d’été aurait avantage à faire creuser des fosses d’aisance près des sites. On pourrait même récupérer leur contenu pour arroser les champs cultivés. Ce serait utile ET écologique. Pourquoi les idées pourtant si simples sont-elles ignorées ?

  2. Le questionnement métaphysique et encore plus physiologique que tu abordes dans ce texte rempli de verdeur (et même de jaunisse et de brunante…) habite mes pensées depuis des lustres avec même une recrudescence proportionnelle à l’ajout des conséquences du temps qui passe, soit le vieillissement de ma population !

    Dilemme : quand on va voir un spectacle, doit-on limiter considérablement sa consommation de liquides qui savent enjoliver l’expérience musicale tant attendue, ou doit-on mettre l’accent sur la prévention de l’inconfort qui nous empêchera inévitablement de profiter à plein des décibels tant recherchés et espérés ?

    La réponse à ce dilemme repose sur l’utilisation de ce qu’on appelle la gestion expérientielle, soit la maximisation du bien-être (une autre bière !) et la minimisation du mal être (ostie, j’aurais pas dû en prendre autant…). Comme l’être humain valorise les avantages à court terme aux détriments des désavantages éventuels qui n’arrivent qu’à long terme (d’autant plus qu’à long terme nous serons tous morts, comme le disait Keynes), ce dilemme demeure trop souvent irrésolu.

    Un autre moyen d’atteindre notre objectif est de chercher avant le spectacle l’endroit où on retrouve la plus grande concentration de boîtes bleus ! Mais, en arrivant, c’est encore le court terme qui l’emporte et on choisit inévitablement l’endroit où on croit qu’on profitera le mieux du spectacle…

  3. @Hérétik: Je crois que lorsqu’il s’agit de merde, la populace est plus prompte à en dire qu’à l’utiliser intelligemment.

    @Darwin: Excellente intervention que je ne peux que féliciter. Je crois que personne ne peut sortir gagnant d’un tel dilemme à moins d’être prêt à porter une couche.

  4. En effet, la couche semble la solution la plus intéressante….

  5. @koval: Quel bonheur que de d’accueillir une visiteuse si rare en ces lieux. Je dois avouer que la couche est ma solution favorite. Passé l’inconfort initial, on se sent grandi.

  6. Ben j’ai vraiment beaucoup aimé l’approche philosophique et analytique de Darwin très brillante et tout…mais j’aime aussi le caractère laconique de ta réponse…

    Tes textes, Rémi, sont de purs joyaux de délire. Je me demande comment on peut faire d’aussi longues phrases bien structurées, truffés d’autant de niaiseries… ;)

    Franchement un joli humour.

  7. La Créature Velue Says:

    Un jour d’une époque où j’étais plus actif et moins velu, j’eusse assisté à certains événement festifs sur les plaines et j’y ai déjà vécu la situation que tu relate (enfin, pour ce que mon cerveau embrumé par l’alcool a jugé bon s’imprégner à ma mémoire) et j’en un souvenir plutôt évocateur de l’état des choses:

    Je fus marqué à jamais de voir un jolie brin de fille (qui était aussi une collègue de travail) assouvir les besoins dont tu discute en se servant des outils suivants:
    Un arbre, faisant office de réceptacle et de support physique, de son copain (j’assume) comme structure murale et d’une couverture de sol afin d’élargir la superficie couverte par les bras étendu de cet homme bienveillant.

    Je fus vivement impressionné par cet démonstration de débrouillardise mais légèrement perplexe devant le raisonnement qui ait pu mené à « En cas d’envie soudain en plein milieu d’une foule, s’accroupir derrière une couverture tenue par un ami semble une solution hautement efficace, accessible et normale à mon problème d’incontinence actuel ».

    C’est d’ailleurs aussi à cette soirée que j’ai croisé une demoiselle qui s’amusait à dégrafer les hauts de bikini qui avait l’audace de passer à proximité …

  8. Je crois que je vais tester la couche au Heavy Mtl dimanche si Samedi je m’appercois qu’il y a un manque flagrant d’endroits ou nous pouvons vider notre plomberie interne.

  9. @koval: Je m’incline prestement devant ce compliment. En fait, ce n’est pas de l’humour… HA!

    @La Créature Velue: Étrange situations que voici. C’est toujours agréable d’être témoin de scènes particulières afin d’en rire lors de soirées arrosées.

    @DooM: Je crois que je vais faire de même!

  10. Sombre Déréliction Says:

    hAHAHA! Trop drôle ce texte!!

  11. Edit plaisant, le heavy MTL s’etait dote d’une toilette  »trailer » avec genre 8 cabines et 6 urinoirs, et pleins de cabines du cote des femmes (qui etait rempli ce qui a donc mene a ce qu’elle viennent nous squatter d’ailleurs).

  12. Bien qu’il m’est très rare de commenter les délires d’écriture formant de merveilleux et divertissant texte de notre bonne ami DRoD, je ne peux m’empêcher de m’identifier aussi à cet situation.

    Bien quel ne soit pas relié à une activité de mélomanes velues, le manque considérable de cabinet portatif lors d’événement sportif est tout aussi déconcertant. Bien que dans de tels événements le fait d’attendre en ligne son tour devant la nauséabonde mais au combien soulageante boîte bleu n’aie pas pour effet de privé l’oreille du son strident d’un spectacle à la sonorité douteuse, il en va de soit qu’une attente prolongé peut perturbé la concentration de l’athlète devant se diriger rapidement vers son bateau de compétition.

    Sur cette dernière note il est cocasse de remarqué l’allusion au spectacle Heavy Mtl alors que sur cette même île ce déroulait le plus gros Festival de BateauDragon de Montréal. Ces deux merveilleuses journées de compétitions, à laquelle j’ai bien sure participé, était vers la fin de l’après-midi accompagné du son lointain des répétitions du spectacle de musique qui fut mentionné.

    Bien que j’aime la musique métal en général et adore Iron Maiden, la piètre qualité du son lors de spectacles live, ne justifie pour moi aucunement le déplacement et je préfère de beaucoup consommer cet musique sur différent média (CD, DVD) remplie d’arrangement magnifique et mélodieux.

  13. @Sombre Déréliction: Merci!

    @DooM: Ces infrastructures étaient certes pertinentes. Personnellement, j’ai bien aimé les ilots d’urinoirs présents dans les boisés à l’entrée du site. Rapide, efficace, jamais de temps d’attente. Je plains ceux et celles qui ont dû s’adonner à un numéro 2 lors de cet événement.

    @LaMs: Hey l’ami! Toute manifestation publique requérant des infrastructures sanitaires nombreuses est généralement sujette à une telle problématique en fait. C’est encore pire lorsque l’alcool est de la partie car plusieurs inaptes badigeonnent les murs des cabinets déjà répugnants par défaut de substances variées, ce qui ajoute au malaise.

    J’espère que ton glorieux événement fut un franc succès! En ce qui ne concerne, ce n’est pas nécessairement la qualité sonore que je recherche dans un spectacle de musique du diable mais plutôt l’ambiance. Côté son, au Heavy Mtl, c’était particulièrement merdique mais le fait de se retrouver entourés de milliers de fans et de profiter de performances scéniques parfois vraiment intenses d’artistes de renom (tout particulièrement Alice Cooper, Rob Zombie et KoRn côté spectacle) ne se retrouve pas dans un salon.

    Au plaisir camarade!

  14. @DRoD: Il est vrai que l’ambiance joue pour beaucoup lors d’événement musicaux, je dois avouez que j’apprécie les événements rassemblant une foule devant des personnages se donnant corps et âmes afin de divertir la populace, cependant ma dulcinée n’étant pas une fan de musique chanté par des guerriers mélodieux au cordes vocales de destruction, ces événements sont généralement ceux organisé pour la fête nationale.

    Oui, mon glorieux événement fut un franc succès. Après avoir perdu par quelques misérables centième de seconde la troisième position de la finale A division Rookie au 500m, nous furent capable de décrocher la coupe et la médaille de bronze lors de la finale A du 250m. Ce fut la première médaille de cet équipe depuis sa formation l’an dernier et je dois dire que c’est toute une fierté de constaté l’atteinte de ce jalon important.

    Mon ancienne équipe quant à elle, arriva deuxième de la division Premiere ce qui est une nette amélioration face à l’an dernier. Les concurrents furent divisé en trois division après les qualifications, Premiere, Interdiaire et Rookie avec des finale allant de A à F.

    Je ne manque jamais un de tes textes, malgré que je ne commente pas souvent par manque de temps. Cependant, il se peut bien que cela change un peu!

    Au plaisir mon brave!

  15. @LaMs: Il est évident que les intérêts de la dulcinée sont à être pris en considération lors de tels événements et qu’il faut aussi faire des choix d’après ses propres intérêts, ne pouvant aller à tous les événements. Je ne suis personnellement pas adepte de grandes foules et de gens malpropres qui souillent un territoire impressionnant mais je suis prêt à faire abstraction de cette déchéance humaine généralisée pendant quelques heures.

    Félicitations pour ta compétition! J’ai confiance en l’avenir pour ton équipe qui, agrémentée de ton intelligence légendaire, s’élèvera éventuellement sous ta tutelle au premier rang de façon si phénoménale qu’ils devront inventer une quatrième catégorie « Godlike ».

    Heureux aussi de constater que tu viens régulièrement profiter de mes sympathiques écrits. Nul besoin de commenter à chaque fois car si j’écrivais en vue d’accumuler les réponses, je me serais tanné depuis bien longtemps déjà!

  16. Et les toilettes au HeavyMTL 2010, elles étaient comment (et surtout combien !) ? ;-)

  17. @Darwin: Les toilettes étaient nombreuses et l’attente était limitée. Je me suis personnellement contenté des urinoirs mais ma tendre moitié m’a signifié que certaines toilettes dites conventionnelles étaient plutôt répugnantes et que certains individus avaient pris soin d’en badigeonner l’intérieur de matières variables et douteuses. Un autre argument comme quoi il fait bon être un homme.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d blogueurs aiment cette page :