Pharmacologie 101

La santé étant une préoccupation prioritaire de la société nord-américaine contemporaine, il n’est pas anormal de constater que les tablettes de nos pharmacies regorgent aujourd’hui de capsules, sirops, suppositoires et autres médicaments dont le nombre de modes d’insertion n’a d’égal que le nombre de marques disponibles. Bien que le pharmacien, conseiller du défaillant et ami prisé de la personne âgée, soit habituellement disponible pour répondre aux diverses interrogations du consommateur, ce dernier, que ce soit par malaise physique ou psychologique, préfèrera habituellement se fier à l’emballage du remède prisé pour ensuite s’exiler vivement. Mes parents m’ayant habitué au fait que Tylenol est synonyme de guérison, je vis aujourd’hui dans la confusion lorsque vient le temps de combattre les symptômes anodins relatifs à la grippe, au rhume et à la gangrène. Fort, extra fort, douleurs arthritiques, sinus, congestion nasale, pour la nuit ou pour le jour, ne sont là que quelques exemples des options offertes. Les dernières années ont-elles vu naître toutes ces possibilités ou ai-je plutôt vécu dans la douce ignorance jusqu’à l’âge adulte? Pourquoi me contenterais-je d’un acétaminophène standard quand je peux en avoir une version ultra puissante à saveur de caviar? Les marques génériques sont-elles aux médicaments ce qu’elles sont aux céréales; une piètre tentative d’atteindre la gloire du produit original à moindre prix? Mais où se cache Carmen Sandiego? Tant de questions et si peu de réponses.

Combo typique 2

Combo typique

Évidemment, la plupart de ces questionnements peuvent être aisément résolus par l’intervention d’un professionnel de la santé. Quelles que soit la science à la source de ces produits, le but demeure toutefois de guérir vite et bien car l’individu moyen n’a pas le temps d’être malade et/ou il trouve tout simplement ça inconfortable au point de vouloir se départir rapidement du mal qui le ronge. Comme dans la plupart des sphères de notre existence, il s’agit généralement de payer pour se soulager. Plus on paie cher, plus il est aisé de régler ses problèmes. Pour les problèmes physiques, on retrouve la massothérapie, l’acupuncture ou la chirurgie plastique; pour les problèmes psychologiques, il y a la psychologie et/ou la toxicomanie. Les maux sont nombreux et les remèdes infinis. Il est donc légitime de croire que les ressources, face à un mal commun, soient aussi expéditives, mais il n’en est rien. La clé du succès ne réside que trop souvent dans le repos, l’ingestion d’eau, l’écoute de chants de baleines et, si le cœur vous en dit, l’ingurgitation confiante de substances médicamenteuses. Lorsque l’on investit dans une solution, surtout lorsque l’on y met le prix, on s’attend à ce que ça fonctionne vite et bien mais la pilule ne peut agir seule.

Geneva 2

Gin Geneva

Victime d’un rhume déplaisant, je me suis donc souvenu que la guérison existait avant l’avènement des pharmacies et que, bien que des gens mourraient d’infections que l’on juge aujourd’hui banales, des antidotes mystiques avaient été développées. Ces cures miraculeuses, aujourd’hui en voie de disparition, sont toutefois prisées par les initiées et c’est pourquoi j’ai décidé de les explorer. Désireux de joindre l’utile à l’agréable, ma mémoire me suggéra une concoction que mon grand-père affectionnait tout particulièrement: la ponce de gin. Grâce à cet outil fabuleux qu’est l’Internet, il me fut aisé de trouver le mélange adéquat de ce breuvage que l’on pourrait qualifier de « recette de grand-mère ». En voici donc la composition:

  • 1/4 de tasse de gin (de marque Geneva selon l’ordre québécois des recettes de grand-mères)
  • 1 once (25 ml) de jus de citron
  • 1 cuillère à thé de miel
  • 2/3 de tasse d’eau bouillante

Les recettes varient légèrement et certains suggèrent l’ajout d’un clou de girofle ou de gingembre râpé mais je préfère personnellement augmenter la dose de gin pour un résultat optimal. Ce coquet cocktail a donc pour effet de redonner la joie de vivre à son récipiendaire tout en l’incitant éventuellement à dormir. Je déconseille donc l’utilisation de cette technique au travail. Il suffit donc d’ingérer, dormir et recommencer au besoin. Il faut toutefois prendre garde de ne pas continuer le traitement après la guérison; il est si facile d’y succomber.

Loin de moi l’idée de dénigrer la médecine moderne, ne serais-ce que parce que je suis entouré de professionnels de la santé compétents dont je respecte l’opinion et la scolarité mais je persiste tout de même à croire que, de nos jours, nous nous fions beaucoup trop aux sciences, aux statistiques et à divers produits de consommation dont nous ne connaissons concrètement rien de la nature. Indépendamment des écoles de pensées, des études poussées et des entreprises spécialisées, il ne faut pas oublier les enseignements de nos ancêtres qui ont vécu par leurs propres moyens et qui ont su développer des méthodes fiables. Dans un monde difficile où les rigueurs de la ferme et de la forêt n’offraient pas de répit et alors que leur subsistance même en dépendait, ces hommes et ces femmes du passé ont toujours pu compter sur l’alcool fort pour passer à travers ces journées de dur labeur.

About these ads

14 Réponses to “Pharmacologie 101”

  1. Un billet sérieux (enfin, presque ) ?

    «nous nous fions beaucoup trop aux sciences, aux statistiques»

    Là, tu nous fais de la peine, à Koval et à moi… J’aimerais quand même voir des statistiques sur l’efficacité des remèdes de grand-mère. Cela ne me surprendrait nullement que, pour certaines pathologies, elles plantent littéralement celles des produits des compagnies pharmaceutiques !

    Dans ce cas, j’imagine que tu te fierais à ces statistiques !

  2. @Darwin: Sérieux dans une certaine mesure en effet. Je ne voulais toutefois pas vous attrister Koval et toi, pointant les sciences et statistiques pour les références hors-contexte que l’on nous offre au quotidien et qui n’appuient que bien malgré elles un portrait erroné d’une situation X plutôt que pour ce qu’elles sont en soi. J’aime bien les statistiques en général lorsque je sais d’où elles proviennent et quelles sont les autres statistiques connexes.

    Côté santé, je continuerai d’osciller entre grand-mère et mes glorieux amis du domaine de la santé publique, bénéficiant ainsi du meilleur des deux mondes. Je me base sur les résultats et non sur les chiffres! ;)

  3. A noter que la toxicomanie fonctionne aussi très bien pour les douleurs physiques.

  4. @ Rémi

    «Je me base sur les résultats et non sur les chiffres!»

    Euh… Les chiffres se basent aussi sur les résultats !

    «pointant les sciences et statistiques pour les références hors-contexte que l’on nous offre au quotidien»

    Bizarre, je parlais justement de quelque chose de semblable dans mon dernier billet…

  5. @DooM: Excellent point. Il est tristement si difficile de se procurer de l’opium de nos jours.

    @Darwin: Je réfère aux résultats concrets vérifiables par mes sens suite à ma propre expérimentation. Coquin.

    Les grands esprits se rencontrent. ;)

  6. @ Rémi

    «Coquin.»

    J’étais quand même un peu sérieux (cela m’arrive aussi…). Je me souviens d’un journaliste d’une revue gratuite qui a déjà écrit quelque chose du genre :
    «Statistique Canada annonce que le taux de chômage est en hausse. Allons voir ce qu’il en est vraiment sur le terrain.»

    Et là, il présente trois ou quatre entrevues de personnes qui ne sont pas au chômage en concluant que la situation n’est finalement pas si mauvaise que ça. Ben oui, 100 % des travailleurs ne sont pas en chômage ! Et, il semble qu’il ne savait pas que Statistique Canada ne prend pas ses données sur la stratosphère (ni sur le stratokube…), mais sur le terrain ! La différence est que Statcan interroge 10 000 ménages chaque mois au Québec et non pas seulement trois travailleurs avant de présenter ses résultats !

    Mais, bon, je m’égare…

  7. @Remi

    Ayant un coude fracturé, je peux témoigner de l’efficacité d’une certaine compagnie de whisky en provenance du Tennessee que je ne nommerai pas pour ne pas faire de publicité gratuite.

  8. @Darwin: Oui je sais bien et je suis pleinement conscient des efforts et de la pertinence réelle derrière une foule de statistiques. Je présume qu’il eut été plus judicieux de pointer du doigts ces gens qui utilisent à leur avantage, dans la stupidité et/ou dans l’ignorance ces données mais c’est un peu comme blâmer les armes à feu pour les meurtres en bout de ligne. ;)

    @DooM: Je crois que ma connaissance du whisky américain est suffisamment bonne pour que je puisse me permettre de féliciter cette utilisation judicieuse d’un produit reconnu que j’utilise aussi régulièrement dans le cadre de démarches scientifiques ou de coquettes soirées.

  9. Living Dead Girl Says:

    C’est quand même drole venant d’un gars qui se fait un néocitran tous les soirs depuis 3 semaines… :p

  10. @Living Dead Girl: C’est simplement parce que derrière l’homme malfamé que je suis se cache un gentleman. C’est suite à tes imprécations quant à ma toux nocturne et à mon haleine de dépravé que j’ai opté pour le "NeoCitran" sans quoi je persisterais joyeusement à faire l’usage quotidien de cet alcool à l’arôme peu convivial qu’est le gin. Je prends la peine de contribuer à ton bien-être et tu t’en sers pour me dénigrer, femme indigne. :P

  11. Living Dead Girl Says:

    Yup yup, indigne de même. : )

    Tu ronfles encore plus avec du neocitran qu’avec du Gin, JSAIS PU QUOI FAIRE AVEC TOI!

    .. Mais * ahem * beau billet, beau billet.

  12. @Living Dead Girl: Je ronfle mais ne tousse plus! Décide lequel t’indispose le plus et nous aviserons. HA HA HA!

  13. Le Patron Says:

    Je dois dire que le même effet s’est aussi produit au travail, il ne tousse plus mais il ronfle désormais!

  14. @Le Patron: Ce n’était que pour divertir mes collègues de travail. Je faisais semblant.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

%d bloggers like this: