« Le clown »

Mon précédent billet portant sur Halloween, la section « costumes et accessoires loufoques » de mon subconscient ont porté à mon attention une situation controversée de jadis qu’il me fait aujourd’hui plaisir de partager avec vous. En effet, ma jeunesse a été perturbée par bon nombre de péripéties rocambolesques et cette tranche de vie est particulièrement intéressante. Lorsque l’on fait référence à un clown, on pense généralement à un être pitoyable qui, derrière un maquillage souriant, cache un profond sentiment d’infériorité et une sensation d’avoir raté sa vie. Les plus positifs d’entre nous peuvent aussi voir en cette figure emblématique un joyeux luron amusant les enfants, ou encore la cause de leur obésité mais PEU IMPORTE. Dans l’histoire que je m’apprête à vous raconter, le terme « clown » est synonyme de terreur, alors que la simple mention de ce mot provoque des sueurs froides et que votre coeur s’emballe. 

Cette histoire débute donc en automne, quelques temps avant Halloween si je ne m’abuse, alors qu’un

Clown violent

Clown menaçant à l'apparence meurtrière.

policier se présenta à ma paisible école avec un terrible message. N’étant qu’un pauvre étudiant modèle de cette école primaire, adoré par les professeurs et idolâtré par les autres élèves, rien n’aurait pu me préparer à cette horrible histoire qui allait hanter mes pensées à tout jamais. Certains camarades de classe étaient déjà au parfum de ce message dont le constable était porteur mais seules quelques fugaces rumeurs avaient effleuré mes oreilles mais rien de pertinent au point qu’elles y prennent racine. Après quelques moments d’excitation (c’était toujours très excitant, à l’époque, d’être en présence d’une figure autoritaire et respectée telle qu’un membre des forces de l’ordre), notre institutrice nous convia au silence et c’est ainsi qu’après quelques minutes d’acharnement, l’homme en uniforme prit la parole. 

Alors que nous étions persuadés d’être en sécurité dans cette petite ville paisible du Lac St-Jean, on nous apprenait qu’un terrible fléau s’était abattu sur notre municipalité chérie. Un criminel notoire, un psychopate, un maniaque sévissait dans nos rues, semant la terreur, créant la panique! Cette terreur avait un nom: « Le clown ». En effet, un sordide personnage vêtu d’un costume de clown propageait la peur partout en ville. N’agissant que la nuit, il vagabondait sur le viaduc, suivait des piétons anodins dans les rues avec un air menaçant (clown menaçant = ouhhhhh), regardait dans les vitres de maisons jusqu’à ce que sa présence soit remarquée pour ensuite disparaître tel un spectre dans les ténèbres. L’image inoffensive de ce joyeux artiste de la baloune faisait désormais place à cette de la mort et de la perfidie dans nos esprits d’enfants. Roger (le sympathique agent de police) nous demanda donc de rester vigilant, de ne pas gambader seuls en soirée et de bien fermer les rideaux de la maison. La tension était palpable, le courage laissait place à la crainte dans les coeurs les plus durs et la promesse policière d’une arrestation rapide ne suffisait point à endiguer le flot d’adrénaline qui déferlait en nous alors que notre vie était menacée!

Les jours passaient et la population vivait dans l’incertitude. Plusieurs rumeurs circulaient mais l’une d’entre elles était particulièrement troublante: On racontait que dans une certaine forêt, communément appelée « le p’tit bois en arrière du garage des trucks », on avait trouvé une vieille cabane dont l’intérieur était tapissé des papier-peint à l’effigie de clows joyeux. Un copain de classe qui habitait non loin de là a même confirmé qu’une présence policière accrue patrouillait autout de chez lui et que des agents avaient été aperçus à de multiples reprises, parcourant les prés environnants à dos de VTT. Les rapports policiers étaient régulier et on persistait à nous dire de rester calme et que « Le clown » n’avait encore fait preuve d’aucune violence à l’égard de quiconque. Les apparitions continuaient quand même à se multiplier et on soupçonnait des adolescents de profiter de ce vent de panique pour faire du mal en imitant l’instigateur de tous les maux du monde qu’était ce clown. Le moment était donc venu d’agir. 

Plusieurs jeunes du primaire et du secondaire se sont donc alliés à une cause commune, brandissant les armes et criant haut et fort « Sus au clown! » (probablement pas « sus » puisque ce mot nous était inconnu à l’époque, du moins avec cet orthographe) tout en envahissant les rues en nombreux groupes distincts. Nous devions protéger nos proches et notre patrie de ce monstre que nul ne semblait apte à arrêter. Nos quelques battues se sont avérées infructueuses et les policiers nous ont demandé d’arrêter nos manoeuvres dissuasives pour certaines raisons éthiques que nos jeunes cerveaux enragés ne pouvaient comprendre. Étant toutefois conscients de la supériorité policière par rapport au commun des mortels, nous avons cessé. 

Alors que le phénomère était à son apogée, sans qu’aucun événement particulier ne vienne mettre fin aux crimes de ce sbire du Malin qu’était « Le clown », ce dernier est parti comme il était apparu: du jour au lendemain et sans laisser de traces. Toutes ces émotions qui avaient été engendrées par cet homme aux passe-temps vraisemblablement peu orthodoxes s’avéraient par conséquent futiles et le coupable restait impuni. Nous avons appris, un peu plus tard, qu’il s’agissait probablement d’un individu très quelconque dont le simple but était de remporter un peu d’argent dans un concours radiophonique bidon d’une station américaine. 

Est-ce vraiment ce que « Le clown » avait en tête? Qui était-il réellement? Derrière ce masque se cachait-il une personne de mon entourage? Toutes ces questions qui demeurent sans réponse et qui donneraient naissance à un superbe reportage au Canal D. Quoi qu’il en soit, ça fait une merveilleuse histoire à raconter et, même si ça me paraît absurde aujourd’hui, je ressens encore très bien la peur que j’ai ressentie à l’époque.

Pour terminer, si tu lis ceci « Le clown »: Ce n’est pas parce que ma fin laisse planer un doux sentiment de coquette nostalgie que je ne te violenterais pas avec des outils non-conventionnels si je te retrouvais.

8 Réponses to “« Le clown »”

  1. Ahah quelle histoire!

    Dans ton avant dernier paragraphe, on jurerait lire le backcover d’un roman d’horreur trouvé dans une vente de garage.

    Cependant, ta conclusion me rassure. J’ai presque eu peur que tu te sois passablement ramolli !

  2. Ce clown me rappelle énormément « Ça » de Stephen King. Peut-être qu’il se prenait pour lui?

  3. @Le Détracteur Constructif: Mon coeur bat la chamade à repenser à toute cette histoire (ou pas). J’avoue que ça aurait fait un excellent film, peut-être devrais-je songer à donner vie à ce clown de mon enfance à travers un court métrage de piètre qualité? Seul le temps nous le dira. Pour ce qui est de ma finale, n’aie crainte, je ne me ramolirai jamais (sauf peut-être physiquement).

    @Noisette Sociale: Je n’ai malheureusement pas lu « Ça » mais je connais quand même de réputation et, si je me fie aux couvertures de livre que j’ai en tête, je me permet de présumer qu’il ne se prenait pas pour lui sans quoi il aurait fait peur à des petites filles pendant que son ami gisait près d’une bouche d’égoûts en hurlant à cause de son bras arraché et de son sang qui se joignait inlassablement aux eaux infectes qui coulaient sous lui.

  4. Un court métrage de piètre qualité OUIIIIIIIIIIIIII❤

  5. Aaaaah que de souvenirs tu me rappelles Ray!

    J’avais mis ça dans un coin de mon esprit, mais maintenant que tu en parles avec cette volubilité qui t’es coutumière, mes souvenirs affluent tel un torrent de montagne… Lol assez les niaiseries.
    Sérieux, on avait fait un groupe nous aussi pour chasser le clown.
    Sfait tellement longtemps haha.

    Trop cool

  6. @YzaRocK: ON EN VEUT TOUJOURS PLUS!

    @Dany: Je suis ravi de faire ressurgir en toi ces doux souvenirs accompagnés d’un soupçon de nostalgique épouvante. Il me fait aussi plaisir que tu aies décidé d’intervenir ici, non seulement parce que j’apprécie ta présence et l’éloquence de tes inteventions mais aussi parce que, dans ce cas précis, tu apportes un témoignage touchant qui apporte un poids supplémentaire à cette anecdote que certains pourraient croire fictive.

  7. Haaaa, que de souvenirs tu fais ressortir du tréfond de mon esprit. Comme toi, je fus un jeune enfant convaincu que rien de tel ne pouvait arriver dans cette petite ville paisible du lac St-Jean.

    Comme il en est mentionné dans ton billet, l’hurluberlu qui se déguisait en clown le faisait supposément pour un concours radiophonique. Tel un jeune Bart Simpsons ( http://upload.wikimedia.org/wikipedia/en/b/b2/Bedclown.jpg ) les jeunes de cette petite ville paisible, vivaient donc la naissances d’une crainte les poursuivants encore aujourd’hui. Devrions nous rejeter notre colère sur les médias ayant participer à détruire l’image joviale que nous enfants avions des clowns… ou tout simplement se dire qu’une personne assez stupide pour effrayer une populace infantile, contribue à rendre encore plus vrai l’expression « Ça prend de tout pour faire un monde » … même des simple d’esprit.

    LaMs

    PS: Bonne Année

  8. @LaMs: Tout d’abord bonne année à toi aussi et excuse cette réponse tardive. Ces moments de notre jeunesse furent effectivement hauts en émotion. Béni sois-tu d’avoir évolué loin des cauchemars de la civilisation, dans les tréfonds abyssaux de ces rangs proscrits au-delà de la rivière. Je ne crois pas que ça prenne de tout pour faire un monde, mais il y a quand même de tout pour faire notre monde et ça me donne l’occasion d’être un jeune homme volubile et haineux donc j’accepte ce fait.

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