Mourir pour une soupe au requin

Depuis que l’Homme peut se définir comme étant Homme, les actions de cette créature bipède, dont l’intelligence devrait être le principal attribut, sont souvent régies par la peur. C’est ce sentiment poignant qui a motivé nos ancêtres à évoluer, à s’adapter, leur cerveau primant sur les piètres qualités physiques de notre race, tentant incessamment de repousser les limites de des faiblesses qui nous rendent si vulnérable. La peur du noir, des animaux sauvages, des phénomènes pourtant naturels qui apparurent jadis comme étant divins. Plus l’être humain gagnait en intelligence, plus l’instinct était délaissé au profit d’autres préoccupations que les lois mêmes de la Nature rendent futiles. De l’intelligence sont nés les questionnements, l’imagination, la spéculation, le langage. C’est ainsi que l’Histoire porta avec elle son lot de mythes et de croyances collectives. Avec le temps qui s’écoulait des peuples naissaient et mourraient, la nature changeait par elle-même ou par l’intervention humaine, l’univers conscient était constamment révolutionné par diverses découvertes! Pourtant, alors que la terre ferme subissait nos caprices nos réalisations, la mer abritait la créature la plus parfaite à ce jour: le requin. 

Grand Requin Blanc

Grand requin blanc

Tandis que l’imperfection de la race humaine la forçait à sans cesse se renouveler, ces hostiles créatures hantaient déjà les océans depuis plusieurs millions d’années, étendant bientôt leur domination jusqu’à nos pires cauchemars. À travers les siècles, plusieurs créatures ont été victimes de notre peur et de notre ignorance, principaux témoins de notre esprit créateur qui s’avère particulièrement efficace lorsque vient le temps de l’appliquer à détruire. Certaines raisons ont fait en sorte que plusieurs de ces espèces sont désormais protégées par des lois internationales et des individus bien intentionnées, repentants des erreurs de jadis, s’efforcent de protéger notre planète et les espèces qui la peuplent. Toutes les espèces n’ont toutefois pas cette chance. Tandis que l’opinion publique est attendrie par l’aspect tellement tendre et amical des pandas et des bébés phoques de ce monde, qui se soucierait de défendre ces affreuses créatures mangeuses d’hommes que sont les requins? 

C’est le visionnement du documentaire intitulé « Sharkwater »qui m’incite aujourd’hui à partager avec vous ces tristes réflexions que mon humour habituel semble avoir délaissées quelque peu. C’est au cours d’une discussion portant sur l’adaptation au cinéma d’un roman de science-fiction traitant des préhistoriques « mégalodons » (requins géants aujourd’hui disparus) avec mon bon ami Éric que ce dernier m’a fait l’éloge du dit documentaire que je m’empressai de visionner. Rien (outre, peut-être, un avertissement concret) n’aurait pu me préparer à un tel choc moral. Mon esprit étant corrompu depuis belle lurette quant au statut des requins et leur légendaire férocité, je ne m’attendais ici à rien d’autre que de belles images sous l’eau avec, en vedette, des requins (évidemment) et autres bestioles sous-marines avec qui
Aquaman pourrait communiquer gaiement. 

Le but initial de ce documentaire est donc de démystifier l’image du requin dans l’imaginaire collectif qui

Requin amical

Requin amical

perçoit cet imposant poisson comme un diable marin. Contrairement à la croyance populaire, il semblerait en effet que le requin ne soit pas plus hostile à l’être humain que bon nombre de créatures marines ou terrestres. Ce monstre de la mer serait même très timide et a tendance à s’éclypser rapidement lorsqu’il y a présence humaine. C’est surtout la tendance marquée pour la dramatisation et le sensationnalisme de nos amis les journalistes qui nous porte à craindre pour nos vies lors de baignades dans les eaux salées, se remémorant les histoires vraies du « Reader’s Digest » dans la salle de bain chez tante Gertrude (nom fictif) et le film « Les dents de la mer » (« Jaws » pour les intimes). Les statistiques démontrent pourtant que les attaques de requins sont très rares et qu’il est d’autant plus improbable que les victimes en meurent. Ces mêmes statistiques prouvent même que vous avez plus de chance d’être tué par un éléphant que par un requin. Même les dauphins sont plus meutriers que les requins (sans parler de la honte qui doit être très présente avant de succomber des blessures causées par un dauphin). INCROYABLE! Je crois donc qu’il y a deux facteurs dominants qui influencent notre raisonnement : Premièrement, la laideur et l’air menaçant de l’accusé (ça ne compte que pour un) font en sorte que nous les haïssons instinctivement. En dépit du bon vouloir de quelques illuminés, c’est important dans la vie d’être beau. Deuxièmement, les primates terrestres peu hydrodynamiques et pubescents (merci au Détracteur Constructif pour avoir agrémenté mon vocabulaire de ce merveilleux terme) que nous sommes avons une flagrante incapacité à se déplacer avec aisance sous l’eau. Notre impuissance en milieu sous-marin nous rend donc beaucoup plus prompts à laisser la peur nous envahir. 

Coquin requin marteau

Coquin requin marteau

Ceci étant dit, le message véhiculé par ce film est beaucoup plus large et incitatif à la conscientisation. Rendus plus réceptifs et compatissants à la cause des requins par une introduction très bien amenée, le plongeur/photographe/biologiste Rob Stewart (ne pas confondre avec Rod), génie derrière « Sharkwater », nous amène dans un monde complètement nouveau, expliquant les différents impacts engendrés par la décimation actuelle des populations de requins dans nos océans, en profitant pour faire des parallèles avec d’autres créatures marines qui sont victimes des pratiques barbares des braconniers. À certains moments, on se croirait presque au coeur d’un film de mafia et d’espionnage. Ce n’est malheureusement que la triste vérité qui est ainsi présentée à nos yeux et non le fruit d’une imagination trop débordante d’un enfant ayant mangé trop de chocolat en écoutant « Terreur sous la mer » et « Le Parrain » avant d’aller au lit. Certaines scènes sont très difficiles à regarder, particulièrement une séquence où l’on voit des pêcheurs illégaux couper les nageoires et ailerons des requins aussitôt qu’ils sont sortis de l’eau pour ensuite renvoyer à la mer les carcasses encore vivantes de leurs victimes qui n’ont d’autre choix que de terminer leur vie au fond des eaux qui, quelques minutes plus tôt, étaient leur territoire de chasse. Ce film rassemble donc plusieurs images choquantes, des témoignages révélateurs et des informations essentielles à une bonne compréhension du monde qui nous entoure. Puisque la cause environnementale nous concerne tous et toutes, il est de notre devoir d’être renseigné et de poser des gestes concrets non seulement pour notre propre bien mais aussi pour celui de la faune et de la flore. 

Pour terminer, je suis très conscient du fait que je n’ai qu’effleuré le sujet qui est à l’origine de ce billet mais c’est parce que je crois que mes mots sont bien peu de choses en comparaison des images et des messages poignants dont ce documentaire est constitué. Peut-être n’ai-je pas réussi à influencer votre opinion sur les requins et peut-être n’écouterez-vous jamais « Sharkwater » mais j’ose espérer que vous êtes conscients des horreurs commises chaque jour dans le monde et de la nécessité de préserver notre milieu de vie. Je ne suis pas un hippie, je continuerai d’être un fier omnivore mais je sais que l’on a dépassé depuis longtemps les limites de la nécessité. Pensez à ce que vous ressentiriez si on assomait votre animal de compagnie avec une tige de fer et qu’on lui arrachait la peau alors qu’il est encore vivant. Si c’est le genre de chose qui vous indiffère, taisez-vous et quittez ces lieux en vitesse avant que je ne vous castre tel un boeuf de boucherie.

9 Réponses to “Mourir pour une soupe au requin”

  1. Effectivement, on a fait une sale réputation aux requins… Merci Hollywood ! Le pire, c’est que la peur reste malgré tout. Je serais inconfortable avec des requins, même au loin. Je me rappelle avoir vu un film appelé « Open Water » et c’était ridicule: le couple à la mer qui flotte pendant des heures et les requins qui les « poursuivent ». Bon, c’était subtil, mais tu te disais: « come on ! ils abandonnents pas (les requins) après tout ce temps ?! »

  2. Correction: « ils n’abandonnent pas. » Note à moi-même: ne pas écrire des commentaires sur des blogues après 1h du matin.😉

  3. @Alex: Sincèrement, je ne m’aventurerais probablement pas non plus près des requins en petit maillot de bain en criant « N’ayez crainte les amis, les requins sont amicaux! » mais je serais beaucoup réceptif à tenter l’expérience avec un équipement adéquat et une équipe expérimentée. Pour ce qui est du film « Open Water » je l’ai vu aussi et je dois dire que c’est l’un des pires films de l’histoire de l’humanité. Par contre, tant qu’à endurer le pénible déroulement, j’aurais bien aimé voir de la violence et de l’action à un certain moment afin de me réveiller un peu.😛 Autrement tu es très critique envers toi-même pour la qualité de ton écriture je trouve.😉

  4. Moi, j’ai envie d’écouter Sharkwater. J’aime bien en partant ces types de documentaires là. Avec l’éloge que tu en as fait en plus, j’en ai d’autant plus envie!
    Je vais donc vérifier s’il est possible de le louer dans un club vidéo de ma belle région!
    Oh, et by the way, je dois dire que le titre en français est puissant : Les seigneurs de la mer
    Ouuuuh!❤

  5. Faudra que je prenne le temps de regarder ça aussi. Aquaman n’est pas dans ce documentaire, n’est-ce pas?😛

  6. @YzaRock: Je suis franchement ravi de t’avoir donné envie de l’écouter! Au pire si c’est trop difficile de le trouver dans ton coin on devrait réussir à t’arranger ça à Québec.😉 J’avoue que le titre français porte bien son nom pour une fois.

    @Le Détracteur Constructif: Tristement pas d’Aquaman dans ce documentaire mais ça vaut quand même la peine de le visionner.😛

  7. Le visionnement devrait être obligatoire à tout le monde. C’est incroyable la manipulation que les médias ont envers ces créatures. C’est épeurant aussi quand on se rend compte que le traffique d’ailerons de requin est numéro deux tout de suite après la drogue. Et détruire ce prédateur marin vas changer l’écosysteme de l’océran et avoir des conscéquances catastrophique sur nous.

    Aquaman, Namor… Ou êtes vous?

  8. Le Clown(dany) Says:

    Fait chier!!

    J’avais écris un beau commentaire très pertinent relatant des faits et des anecdotes concernant ton sujet et une histoire de chien se faisant arracher la peau vivant, masi j’ai oublié d’écrire mon email quand je l’ai soumis et quand je suis revenu à la page précédente, yavait plus de messages. Chui en criss parce que j’ai pris une demi heure pour écrire mon post.

    Ça me tente pu.

  9. @Le Clown(dany): Je suis absolument convaincu que ton texte était incroyablement pertinent et révélateur et il me fait grande peine de ne pouvoir en profiter. Je reste tout de même convaincu que nous aurons l’occasion d’en discuter avec passion lors de notre prochaine rencontre, l’alcool et la musique brutale donnant encore plus de passion à nos vigoureux exposés!

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