Relations ambiguës de super-héros

L’esprit des enfants est (ou du moins était lorsque j’étais moi-même un enfant) l’incarnation même de l’innocence. C’est à ce moment béni de notre existence que nous assimilions une multitudes d’informations sans les juger, ne prenant les choses que pour ce qu’elles étaient. C’est ainsi que des événements tels que Passe-Montagne imitant le chat, Bibi voulant une pipe et Arnold demandant à un individu anodin d’aiguiser son couteau n’étaient que de peu d’impact sur nos esprits modelables. Vint toutefois ce moment fatidique où ces séquences définies devaient prendre un tout autre sens, notre esprit tordu spéculant au-delà du premier niveau et envisageant la pipe de Bibi comme étant quelque chose de bien différent de la traditionnelle pipe à fumer de grand-papa (grand-papa Bi étant aussi, sois dit en passant, un personnage perturbant de la jeunesse québécoise dite normale). C’est probablement à ce même moment que la relation fraternelle entre Batman et Robin devint ambiguë. 

Batman et Robin fraîchement costumés

Batman et Robin fraîchement costumés

Tout d’abord, il est très important de faire référence au Batman d’Adam West comme une entité propre, puisque les autres histoires de ce personnage ont tendance à mettre beaucoup moins en doute sa virilité et ses Bat-désirs les plus profonds. Dans le contexte de l’époque, il était tout-à-fait normal de voir deux individus de sexe masculin, tout de nylon moulant vêtus, portant leur sous-vêtement par-dessus leur bas-collant et dont le visage était masqué. Ces personnages étaient respectés entant que figures autoritaires importantes, mâles dominants et héros du peuple! Petits et grands admiraient Batman, qui était d’ailleurs plutôt représentatif du monde de la bande dessinée duquel il était tiré (visuellement du moins, le style « kit moulant douteux » étant de mise dans ces années). Superman, de son côté, avait un costume très semblable bien que dans des teintes différentes et personne n’a remis son orientation sexuelle en question. Le fait qu’il avait une attirance indéniable pour Lois Lane aidait probablement à sa cause mais là n’est pas le point. Dans ce cas ci, avec un peu de recul, le jeune mâle contemporain (je parle de mâle car les super-héros ne sont pas une affaire de filles… ou parce que les filles pensent moins à ces trucs déviants, HA HA) est porté à se questionner sur cette relation profonde qui unit Batman et son pétillant acolyte favori. 

Lorsque la nature des relations interpersonnelles entre Batman et Robin est mise en doute, c’est donc généralement dans un cadre qui n’est pas celui dans lequel Adam West évolué, sa réalité n’étant pas du tout la même que la nôtre et les critères télévisuels différant grandement. De plus, Bruce Wayne n’était pas le bourreau des coeurs que l’on connaît aujourd’hui. Je sais très bien qu’il a été attiré par la Femme-Chat à un certain moment mais cet épisode de sa vie n’a pas été assez long ni marquant pour changer l’opinion publique. Ce n’était qu’un homme menant une double-vie, rendant difficile ses intéractions avec le reste du monde et dont le statut d’homme solitaire mais généreux l’a amené à vivre dans une immense maison avec son vieux serviteur et son camarade justicier. Un fait que certains ignorent est que Dick Grayson, le joyeux luron derrière le masque de Robin, n’est pas simplement un sous-fifre de Batman; c’est un jeune homme troublé, jadis trapéziste, dont les parents ont été tués par un homme sans scrupules. Monsieur Wayne, plein de compassion pour le triste orphelin alors que lui-même avait vécu une situation semblable, a donc décidé d’adopter celui qui allait devenir son populaire faire-valoir. Est-ce là une situation propice à l’échange de fluides intimes entre ces deux protagonistes? J’en doute fort. 

Batman prêt au combat!

Batman prêt au combat!

De nos jours, les préjugés et autres interprétations sont monnaie courante et nous sommes prompts à nous rétracter face à certaines situations ou à pointer du doigt certains actes. Rares sont ceux qui se contentent d’interpréter les différentes situations de la vie au premier niveau, la spéculation à tendance négative étant l’outil de choix du citoyen moyen. On recherche constamment le problème, l’improbable, semant sans cesse le doute dans les esprits les plus faibles. Tandis que la société tend à être beaucoup plus ouverte d’esprit et que l’hétérogénéité globale prend de l’ampleur, on profite de ces différences désormais marquées pour établir certains critères de « normalité » et on critique les gens qui sortent du moule. Je fais ici référence à la religion, à la couleur de la peau (on ne devrait plus utiliser le terme « race »), aux différents styles vestimentaires et musicaux et à un nombre incroyable de détails du plus complexe au plus anodin. Dans le cas de nos amis Batman et Robin, c’est, évidemment, de l’orientation sexuelle dont il est question lors des questionnements divers agrémentés de ricanement. Le fait est que je crois fermement que Batman est un modèle masculin incarnant puissance, honneur et virilité et que même s’il se tripotait coquinement avec Robin (avec qui, je vous le rappelle, il a une relation plutôt paternelle et/ou fraternelle) devant le film « Il pleut des roses sur Manhattan », il possèderait les mêmes qualités, serait tout aussi exceptionnel et mériterait le même respect. Toute dérogation à cette ligne de pensée impliquera des réprimandes physiques telles que le supplice du grand knout.

11 Réponses to “Relations ambiguës de super-héros”

  1. Merci pour ce billet !🙂 Ça a fait ma journée ! Et tu as très bien répondu, c’est un bon point de vue. Je suis surtout très content de t’avoir suggéré ce billet. Et là, tout d’un coup, j’ai quasiment le goût de continuer à te poser des questions de néophytes des comics (bon, j’exagère, je m’y connais un peu), des questions que je ne pouvais poser car il n’y avait pas un sage pour me répondre. Merci « Plaisir Gatronomique » ! EUH… PARDON ! Merci Dark Rémi !🙂

    (Effectivement, malgré tout, Batman reste un super-héros viril.)

  2. Et que penses tu de ce billet  » Est-ce que Superman peut vraiment se reproduire ? » Uhu.

    Mention spécial a l’utilisation du terme  » pétillant acolyte « .

  3. Loué soit-tu d’avoir abordé cet épineux sujet.

    Bien sûr, comme à l’accoutumée, je suis parfaitement d’accord avec tes opinions bien arrêtés.
    Étant donné que Batman est l’un des superhéros les plus sombres et certainement le plus malcompris, je crois qu’il était important de clarifier les choses à propos de son évolution et de ses relations.
    Malgré son costume moulant(et celui du valeureux Robin), le Batman des années 70-80 demeure un emblème mythique et un homme d’une incontestable virilité devant qui les femmes les plus chastes seraient prêtes à se prosterner, tel Éric Adams, le chanteur de Manowar!

    Et encore une fois, je ne puis qu’appuyer ton désir de  »Knouter » le premier venu qui oserait remettre ces faits en doute.

  4. @Alex: Je suis tout-à-fait ravi que ce billet emplisse ton coeur de joie et j’ai été très heureux que tu me fasses part de ce questionnement qui devait te titiller depuis si longtemps. Sens toi très à l’aise de me faire part de tes autres questions en tous genres et il me fera plaisir de parfaire tes connaissances. Derrière les questions les plus saugrenues se cachent parfois des réponses insoupçonnées.😉

    @Katy: Je pense que seul l’utérus de Wonder Woman serait assez fort pour accueillir le sperme de Superman…

    @Le Clown: C’est toujours un plaisir de constater à quel point tu endosses pleinement mes propos en tous genres. C’est le genre d’attitude qui fait de toi un être exceptionnel. J’aime bien le parallèle que tu fais entre Batman et Eric Adams qui, bien qu’ils oeuvrent dans des domaines tout-à-fait différents, attirent tous les deux un mépris injustifié de la part des gens cérébralement moins fortunés.

    Que le knout soit loué.

  5. […] avec beaucoup de plaisir et quelques éclats de rire au passage. Son dernier billet traite de relations ambigües de superhéros, pour vous donner une idée. Je suis très mauvaise dans les présentations donc je vous suggère […]

  6. @Dark Rémi of Doom: Excellente finale, je ne connaissais pas le grand knout! Mais la bastonnade ferait aussi bien l’affaire!

    Aha! L’utérus de Wonderwoman pour accueil LE sperme de Superman. Car Superman (qu’on peut aussi appeler Sperman, lorsqu’il commet l’acte…) n’a qu’UN SEUL SPERME gros comme le bras, tellement que quand il éjacule, c’est comme s’il accouchait… à moins que ce soit dans ma tête là!

    Maintenant, à la lumière de cette réponse, moi je me demande si ça s’applique également à Frodon et Sam dans Le Seigneur des Anneaux. Me semble que Sam s’empresse très vite de prendre la main de celui qu’il appelle son maître (fétiche de domination ici???)… À suivre?🙂

  7. @Le Détracteur Constructif: Je crois que tu as bien saisi l’essentiel du message qui est de prodiguer la souffrance. Pour ce qui est de Superman, ce sont là des faits marquants que tu me révèles ici. Sacrés Kryptoniens. Maintenant en ce qui a trait à Sam et Frodon, je pourrais probablement émettre un communiqué très semblable à celui de Batman et Robin.😉 Je crois que leur interprétation cinématographique est effectivement quelque peu douteuse à quelques reprises mais je crois fermement en Sam Gamegie sur ce coup ci. Pour Frodon il est évident que c’est plus douteux, en plus qu’il s’en va habiter avec des elfes, mais ça relève ici d’un problème plus ciblé et non de la relation qu’il entretient avec Sam, le caractère réciproque n’étant pas réellement présente, les bonnes attentions de Sam ne découlant que du fait que c’est un sacré bon gars.

  8. L’attirance de Batman envers la femme chat est tout ce qu’il y a de logique. Il est de notoriété publique que les chats, autant mâles que femelles, possèdent une queue. Imaginer la déception de cet homme lorsqu’il à réaliser à quel engin le terme faisait référence.

  9. @Félix: Homme de mauvaise foi.😛

  10. cochonchat Says:

    Omg tu fais référence aux bat-désirs de Batman.
    Je trouve le terme horriblement drôle.

    Mais bon même si je suis dickless et que les superhéros ne sont pas de mes affaires, je trouve que Batman n’est pas homo. Le tout est dans l’attitude selon moi. C’est comme les barbus qui trippent sur les rongeurs cute, tout le monde a le doit à un petit écart de virilité de temps en temps.

  11. @cochonchat: Je suis d’accord. En plus, ne pas aimer les rongeurs relève beaucoup plus de l’inhumanité que de la non-virilité. Vive les écureuils.

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