Tirer la chasse

Le salle de bain étant vraisemblablement un lieu inspirant pour moi, j’ai eu, une fois de plus, une sordide révélation en visitant ces lieux de tous les maux. Contraint de faire usage de la toilette publique en vue remédier à un malaise qui m’habitait et qui faisait pression sur ma patience, je me suis précipité à contre-cœur vers ce cabinet qui, faisant souvent office de retraite paisible, était devenu le théâtre d’un spectacle abject. En effet, le réceptacle accueillant que je m’attendais à orner de mon bien-aimé postérieur portait les stigmates de la corruption, abritant les déchets corporels d’un inconnu qui, comble du malheur, avait été très généreux à l’égard de ce contenant, l’agrémentant même d’un fumet explicite et tenace. Victime de ma nature d’être humain, je ne pus faire autrement que me résigner à mon sort, tirant la chasse d’eau pour ensuite profiter du banc encore chaud de mon prédécesseur. BLASPHÈME!

Arme d'auto-défense

Arme d'auto-défense

Né de parents propres, sympathiques et attentionnés, j’estime aujourd’hui être devenu un bon être humain grâce à leur génétique supérieure, leur sens des valeurs et leur ténacité. C’est ainsi que, après avoir appris à marcher, mon plus grand accomplissement fut sans doute d’apprendre à faire usage des commodités et, éventuellement, d’utiliser ce chef d’œuvre d’ingéniosité qu’est la toilette afin d’exiler vers l’inconnu le fruit de mon labeur. Même à cette époque troublée où des besoins copieux me faisaient honneur, jamais je n’aurais osé laisser macérer ma concoction afin que mes parents en profitent. Que la mort m’emporte si des invités venaient à « profiter » de mon involontaire création! C’est avec cette mentalité que j’ai développé le réflexe, l’instinct qui me permet de tirer la chasse d’eau sans même y penser lorsque j’utilise la toilette ou l’urinoir. C’est aussi avec cette mentalité que je ne peux comprendre que des gens, qui qu’ils soient, puissent agir aussi inconsciemment.

Il m’apparaît plutôt absurde de plaider l’oubli lorsqu’on considère le fait que l’auteur du crime a posé son séant sur un siège au confort variable pendant 1 à 10 minutes (ou plus lorsque la lecture est bonne) en fournissant un effort oscillant entre moindre et titanesque (constipation, quand tu nous tiens!) tout en bénéficiant d’un support sonore notable et d’une manifestation odorante souvent considérable. Je considère comme un affront, un incroyable manquement éthique que d’afficher ses selles de la sorte. Ajoutant au malaise, s’apparentant au graffiti, c’est dans l’anonymat qu’opère cette fécale manifestation, incarnation ultime du dédain de sa mère nourricière pour ses pairs, crachat morveux au visage du savoir-vivre. Est-ce si grave? Cette image figée dans mon esprit lorsque je me réveille en hurlant la nuit et l’incapacité des produits Glade à endiguer les effluves néfastes de ces repas de jadis m’indiquent que oui.

Gibet

Gibet

En dépit d’une majorité d’êtres impies (je suis conscient du fait que ce mot est mal utilisé dans ce contexte mais je trouve triste que le déclin de la religion aie à ce point affecté ce sympathique qualificatif qui, dans ce cas ci, rime avec « dépit », ce qui ajoute à la beauté de la phrase) aux intentions malveillantes, certaines situations sont admissibles au pardon. Il existe, tristement, certaines toilettes de moindre qualité dont la capacité à évacuer efficacement le contenu est discutable, ce qui fait en sorte que des résidus peuvent subsister même après que la chasse fut tirée (l’expression « tirer la chasse » fait s’éveiller l’homme des bois en moi). Lorsque ce problème survient, le coupable est généralement prompt à blâmer la technologique mais c’est du manque de rigueur dont il est réellement question. Est-il donc si pénible d’attendre quelques instants afin de s’assurer que la source est redevenue limpide? C’est d’ailleurs devant une telle horreur que naquit un jour la célèbre expression « La patience est une vertu. »

Tandis qu’une vulgaire flatulence suscite de vives réactions lors son apparition en public, qu’elle soit sonore, odorante, ou un heureux mélange des deux, la déjection inconnue, quant à elle, ne crée que peu de remous (HA HA), son règne s’achevant dans l’insatisfaction la plus totale de son bourreau qui, maintenant le tabou, se contente d’enclencher le cataclysme final d’une simple pression du doigt. Les instigateurs immoraux de ce terrorisme ménager, véritables ninjas de la cuvette, s’envolent en fumée sitôt leur délit perpétré, ne laissant comme seul recours aux victimes innocentes que la résignation et l’espoir d’un monde meilleur. Triste fatalité, j’en conviens.

P.S.
Bien que j’aie mis l’emphase sur l’aspect fécal, beaucoup plus éloquent, du phénomène, je tiens à mentionner que les relents de vieille urine ne sont pas non plus les bienvenues dans mon monde.

6 Réponses to “Tirer la chasse”

  1. Nicolas Racine Says:

    HAHAHAHA ! Tu viens d’éclairer un bien morne après-midi. Les toilettes que je dois fréquenter dans mon environnement de travail étant publiques, un ramassis de vauriens y laissent périodiquement des sacrifices bien visibles au Dieu de l’excrément.

    Mais j’ai envie d’ajouter un élément. La paresse du non-flusheux vient peut-être de ces horribles engins appelés « oeil magique », qui déclenchent la chasse d’eau à la fin de notre offrande ? Je hais ces trucs. Si tu as le malheur de déplacer ton cul pendant la cérémonie, l’oeil détecte un mouvement et déclence automatiquement un flot digne du Déluge qui arrose tes fesses d’eau et de matières organiques tout juste expulsées. Il faut alors s’essuyer avec l’immonde ramassis de pulpe de conifères, qu’ils osent appeler « papier de toilettes » ! Bref, une expérience pas très agréable.

  2. @Nicolas: Je comprend très bien ces quelques anecdotiques ajouts dont tu agrémentes ma publication! Pour ce qui est de l’œil magique, invention du Malin, il va de soi que c’est une problématique majeure, surtout lorsqu’il tente d’imiter le bidet. L’expérience permet tout de même de contrôler, ne serais-ce que partiellement, cette hasardeuse technologique et il est donc possible d’éviter de polluer la collectivité malgré tout.

    J’en profite pour ajouter qu’hier, suite à ce billet, j’ai été confronté à une toilette dont l’eau stagnante était jaunie par une forte urine dont l’uniformité n’était brisée que par la présence d’un amoncellement abusif de papier hygiénique complètement imbibé, ce qui me rendit d’autant plus fier de mon intervention.

  3. Le Clown Says:

    Héhéhé, vive les toilettes publiques.
    Laisse moi te raconter une anecdote plutôt salée… Devrais-je dire plutôt fécale? Bref…

    Il y environ 1 mois, je faisais une partie de golf, avec les petites marmottes et les oiseaux ainsi que ma mère et ma douce et tendre moitié. Soudain m’est venue une envie d’uriner et comme les propriétaires du terrain de golf ont pris la peine de poser des pancartes  »Défence d’uriner » un peu partout, je me suis dirigé vers les toilettes du terrain de golf. J’entre dans la petite bâtisse, je me dirige vers le cabinet du fond(vieille habitude), me baisse les yeux et découvre un gigantesque d’immondices brunes bien sèches sur le siège de la toilette… Qui est le pauvre hère qui a laissé son intérieur sur un banc de toilette d’un havre de paix tel qu’un terrain de golf??? Je n’ai pu faire autrement que de sacrer et de changer de cabinet….

    C’est à ces occasions que les mots  »Knout » ,  »Flagellation » et  »tête dans les toilettes » se retrouvent dans la même phrase. <

    Mais le pire, c'est de savoir si le gars à fait exprès de chier sur le banc ou s'il s'est simplement assis trop en arrière et qu'il s'est déféqué dessus…

    Pensez-Y!

  4. @Le Clown: C’est une anecdote qui est à la fois fécale et salée je dirais, l’une n’empêchant pas l’autre. Je crois que le problème n’est pas tant qu’un individu aie répandu le contenu de ses entrailles sur un banc de toilette dans un élan de désespoir profond mais plutôt qu’il n’aie pas daigné nettoyer les dégâts en quittant les lieux. J’ose espérer que, malpropre, l’auteur de ce geste a été victime d’irritation et de démangeaisons.

  5.  » ne crée que peu de remous  » .. omg

    A moins que sa soit.. UN DANCING POOPOO!!!

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