Devenir un homme

C’est en réponse à ce billet sur la Kaverne que je décidai, en ce matin enneigé, de partager avec vous un moment crucial de mon existence, moment important entre tous car il est celui où, je le crois, je suis devenu un homme. Faisant suite à mon précédent article traitant de l’emblématique Irish Spring, je vous ouvre donc mon cœur afin que vous puissiez bénéficier de l’une de mes nombreuses et épiques aventures qui ont d’ailleurs contribué à faire de moi un modèle de force et de masculinité. Puissiez-vous être inspirés par ce récit que je vous invite, d’ailleurs, à partager avec vos enfants, à l’heure du sommeil, afin qu’ils fassent des rêves prophétiques et que cette histoire anecdotique contribue à forger les puissants adultes de demain.

***

J’avais 12 ans lorsque je fus laissé à moi-même, en pleine forêt canadienne, afin de prouver ma valeur à ma famille. Après trois jours à survivre de mon mieux, me nourrissant d’animaux crus que je chassais à mains nues tels que le loup, le chevreuil et l’antilope, mon odorat aiguisé fut attiré par une odeur caractéristique. Victime de la nature alors que j’avais été contraint de délaisser toute règle d’hygiène, rampant dans la fange et dormant sous les astres célestes, constamment harcelé par la pluie, j’ai été empreint d’une satisfaction certaine lorsque l’odeur du Irish Spring caressa mes narines. Désireux de bénéficier des services de ce pain de savon divin, je m’approchai d’une source d’eau pure dans laquelle se déversait une chute naturelle et j’aperçus, sur un rondin près de la rive, la source de cette senteur caractéristique qui m’avait attiré jusque là.

M’approchant avec précaution, mes doigts étaient sur le point d’effleurer mon bienfaiteur d’émeraude lorsque l’air fut saturé par une forte odeur de musc et qu’un rugissement guttural retentit derrière moi. Ne faisant qu’un avec la nature, mugit par l’instinct primitif du sauvage, je me retournai vivement pour apercevoir un hostile carcajou dont les intentions n’étaient que trop claires; m’abattre pour avoir convoité son bien et se repaître de mes chairs. Je maintins ainsi ma position pendant plusieurs minutes qui se transformèrent bientôt en heures alors que mon adversaire et moi-même tentions de nous intimider, de trouver la faille chez l’ennemi. S’impatientant le premier, le féroce carnivore entreprit de s’attaquer à ma jambe gauche. Utilisant sa propre force contre lui, j’attrapai au dernier moment son cou musclé alors que ses dents acérées effleuraient tendrement ma peau et je précipitai le crâne du glouton contre une souche ancestrale, la vibration engendrée par cet impact cataclysmique se répercutant jusqu’au bout des racines de cet arbre jadis majestueux, allant jusqu’à perturber le sommeil des morts. Fortement ébranlé, l’animal tarda à se ressaisir et j’en profitai pour lui assener une puissante descente du coude au niveau de la nuque, brisant cette dernière sur le coup (jeu de mots). Les yeux de la bête se révulsèrent ainsi et, tandis que la dernière image parvenant à son cerveau embrumé était une représentation plutôt floue de mon rictus carnassier, l’écume de ses lèvres se teinta de rouge et la menace que représentait le monstre s’éteint alors que s’affaissait sa poitrine pour une ultime fois.

Dépeçant l’animal avec l’aide seule de mes ongles et mes dents, précipitant mes mains avides au sein des entrailles encore chaudes de ce dragon des temps modernes pour en retirer, triomphant, son cœur encore palpitant, je me vis un devoir d’ingérer sur-le-champ cet organe vital et porteur de puissance, me badigeonnant par le fait même du sang encore chaud de mon trophée afin de m’imprégner de son âme guerrière. Repus et dans un état rappelant celui de Christophe Lambert à la fin du célèbre film Highlander, le moment était maintenant venu pour moi de purger mon corps des impuretés qui le couvraient grâce à ce Irish Spring qui gisait toujours là où mon regard s’était initialement posé sur lui.

Profitant du contact avec l’eau glaciale de la chute qui percutait amicalement mon visage, charmé par les sons typiques d’une nature désormais paisible, je me redressai instinctivement avec la grâce du félin lorsqu’un cri féminin déchira brutalement le calme ambiant. Mais ceci est une autre histoire…

6 Réponses to “Devenir un homme”

  1. Je suis quelque peu sceptique devant cette histoire de rituel de passage masculin….j’ai déjà lu pas mal plus crédible….

    Un félin le Carcajou?

    Mon hypothèse après analyse objective freudienne m’amène à penser plutôt ceci:

    T’es certain que t’étais pas un ado à imagination débridé trop enfermé dans sa chambre ayant comme seul compagnon un chaton?🙂

    Pour le riche symbolisme masculin entourant le Irish Spring, j’arrive pas encore à comprendre parfaitement…je cherche je cherche….

  2. @koval: Tout d’abord, je ne peux qu’être attristé devant ce doute face à ce récit autobiographique émouvant mais je peux comprendre le scepticisme qui règne chez les non-initiés.

    Le terme « félin », dans ce cas ci, a plutôt été utilisé dans un cadre qualificatif et je ne saurais confondre le carcajou avec un félin.

    Je n’ai jamais été de ceux qui usent de leur chambre comme un refuge; ce lieu n’a toujours été, pour moi, qu’un de repos. Qui plus est, je n’ai jamais été très adepte des chats. Cette théorie est tout de même pertinente.😉

    Finalement, pour ce qui est du Irish Spring, je crois qu’il faut entendre son appel pour bien comprendre son essence profonde.

  3. D’accord, je n’ai plus d’arguments, je te crois sur parole.

  4. @koval: Sachez que je respecte et j’apprécie votre attitude.

  5. Kull le Conquérant Says:

    Ma foi!

    Connaissant personnellement ton toi-même, je puis t’affirmer que je te crois à 100% lorsque tu racontes ton rite de passage.
    Nulle autre péripétie n’aurait su être digne de toi que celle qui t’es arrivée.

    Gloire à Rémi!

  6. @Kull le Conquérant: Salut à toi, Kull d’Atlantis. Je suis honoré par cette confiance que tu daignes m’accorder et il me tarde de vivre avec toi quelques nouvelles viriles aventures à faire pâlir de honte Yves Laforest.

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