Guerriers des ténèbres

Dans les ombres de l’Histoire sont tapies bon nombre de mystères, de reliques sacrées, de créatures fantaisistes et d’êtres de légendes. Bien que bardes, scribes et historiens en tout genre propagent au mieux de leurs compétences et leurs intérêts les événements du passé, certains persistent, d’autres se perdent. Il arrive tout de même souvent que, comme pour les vikings, l’Histoire côtoie le mythe, ce dernier faisant invariablement partie de la croyance populaire tandis que les faits ne sont accessibles qu’aux érudits, ne serais-ce parce que cette réalité est parfois trop fade et/ou anodine pour un peuple assoiffé de sensationnalisme. C’est ainsi que les guerriers « shinobi », ces mercenaires du Japon médiéval, réputés entre autre pour l’espionnage et l’assassinat, devinrent éventuellement les ninjas d’aujourd’hui; artistes martiaux masqués aux aptitudes  surhumaines, maîtres des ombres et sanglants meurtriers tout de noir vêtus. C’est d’ailleurs de cette vision fantastique que se sont inspirés les créateurs du film Ninja Assassin dont je ferai maintenant l’éloge.

Ninja Scroll

Ninja Scroll

Fortement inspiré des populaires dessins animés japonais en ce qui a trait à la violence et aux manifestations sanguines, le tout est toutefois enrobé d’un contexte typiquement hollywoodien. C’est ainsi que se déroule un récit martial épique, alimenté par la vengeance et la haine, dans lequel interviennent la « minorité ethnique » empreinte de bonne volonté et le bon policier aux intentions parfois douteuses qui cherche à comprendre, circonspect, la nature des péripéties qui ont court dans une société contemporaine où le terme « ninja » ne cadre que trop mal dans une conversation sérieuse. En dépit des réactions improbables ou des manifestations explicites de compétences insoupçonnées, ce long-métrage ne s’adresse pas amateurs de films de répertoire et d’histoires complexes à haute teneur en philosophie mais plutôt aux adeptes d’action, d’arts martiaux et de brutalité excessive, le tout ne pouvant faire autrement que d’offrir un divertissement de qualité.

Cette image est un bel exemple de ninja en position de combat, en pleine maîtrise de son art, s'apprêtant à égorger sa proie.

Ninja

À l’instar de tous les autres films de ce monde dont le titre inclue le mot « ninja », ce sont les scènes de combat qui donnent à l’histoire son rythme et qui justifie l’ingestion mécanique d’une grande quantité de maïs soufflé. La différence majeure entre Ninja Assassin et les autres sagas du même acabit provient néanmoins de son approche des affrontements en question. Tandis que le ninja moyen se contente souvent de n’être qu’une brute agile dont l’essence ne réside essentiellement que dans son apparence, ceux de Ninja Assassin exploitent les ombres, s’y fondent et n’en sortent que pour porter des coups fatals. Organisation ancestrale et traditionnaliste, le Clan est sans pitié et ne forme que des machines à tuer aux dons mystiques acquis à travers un entraînement rigoureux et des techniques secrètes immémoriales. C’est donc en étant fidèles à ce concept que plusieurs scènes sont volontairement très sombres et que seule brille l’éclat des lames avant que ne jaillisse le sang et que s’écroule la victime dont le regard vide ne reflète encore que l’ignorance de la tragédie. Ce n’est pratiquement que lorsque les vils ninjas s’attaquent au personnage principal, traître à sa Famille, que l’excès se manifeste plus clairement puisqu’il ne s’agit pas que de laisser périr impunément quelques figurants. Ces affrontements jouissent donc de chorégraphies spectaculaires alors que s’harmonisent dans une danse macabre les corps surentraînés des instigateurs de l’inévitable trépas qui agrémentent leur affrontement mortel de passes d’armes fabuleuses, maîtrisant à la perfection les lames acérées, que ce soit sous forme d’épée ou au bout d’une longue chaîne, le tout sous une pluie de « shaken », cette étoile aux quatre pointes affilées mieux connue sous le nom, à tort, de « shuriken ».

Ce survol du film Ninja Assassin n’est finalement pas une critique en soi, ne serais-ce que parce que l’histoire en soi n’a été qu’effleurée, mais plutôt une analyse des facteurs psychologiques qui sont à la source du sentiment de bien-être qu’octroie le visionnement de ce carnage audio-visuel. Il ne s’agit subséquemment pas de ne visionner qu’un film et d’en décortiquer les différents aspects pour bien en comprendre les fondements et les critiquer distinctement mais plutôt d’en considérer la globalité en s’efforçant de concevoir que le but ultime de cette tentative de pertinence qui fait office de mortier aux briques de la mutilation vengeresse n’est en fait qu’un amalgame insignifiant de facteurs clés relatifs à la diffusion à grande échelle de ces troublantes images à saveur asiatique. Le public a manifestement le droit d’être exigeant lorsqu’il paie pour un produit mais il se doit de réaliser qu’une œuvre cinématographique ne suscitant pas la participation du cerveau n’en est pas une mauvaise pour autant.

On y retrouve plus de sang que dans la Bible.

14 Réponses to “Guerriers des ténèbres”

  1. Très alléchant…

    Tant qu’un film n’a pas de prétention autre que de divertir, je n’ai aucun problème avec le fait que son scénario ne soit que le lien entre les scènes d’action. J’ai adoré plusieurs films d’arts martiaux, dont les productions asiatiques de Jackie Chan. Ses films holliwoodiens ayant trop de prétentions, je les ai moins aimés (mais quand même un peu !).

  2. On aime ben ça les films intelligents, nous.

    Mais on apprécie aussi la violence gratuite, le sang, l’action, et tout ce qui, en effet, ne suscite pas nécessairement la réfléxion.

    Heureux mélange.

    Comme du caramel pis du chocolat.

  3. @Darwin: C’est aussi mon opinion quant aux films de Jackie Chan et il en va de même pour Jet Li. Plus récemment, j’ai aussi beaucoup apprécié les quelques films de Tony Jaa, surtout « Ong Bak » et « The Protector ».

    @LaraAmor: J’abonde en ce sens. Le mélange est efficace tout comme les deux peuvent très bien être valables individuellement. Après une dure semaine, il est agréable de pouvoir désactiver son cerveau et simplement profiter de bon temps devant un film de qualité tel que Rambo où Conan, films très philosophiques mais dont on peut aisément bénéficier au premier niveau.

  4. J’ai aussi vu Ong Bak et The protector, grâce aux conseils d’un des mes gars. C’est parfois utile, les enfants…

    Ma scène favorite :

  5. Ceci est mon second commentaire, vous n’avez pas vu le premier car j’appliquais mes talents ninja qui m’ont été enseignés dans ma jeunesse. Remarquez que mon embonpoint n’a pas su me nuire.

    Ceci dit, j’étais certain que les seuls ninja des temps modernes étaient 4 tortues adolescentes. Mais je doute que ces êtres existent, il est fort rare de voir des adolescents s’adonner à quoi que ce soit de sportif, encore moins de les imaginer sortir de chez eux.

  6. Cybèle Yves Says:

    Moi. je l’ai vu ton commentaire. La preuve. Tu parlais de mon immense talent . 😉

  7. @Darwin: Excellente scène en effet! Tony Jaa est un artiste martial extrêmement impressionnant et cette scène en continu est particulièrement agréable à regarder.

    @Le Détracteur Constructif: Le 6e sens du ninja m’a permis de déceler ce commentaire auquel du fais référence mais j’y ai plutôt perçu des hymnes glorieux que des compliments à l’égard de Cybèle Yves.😛

    Je ne peux que soutenir ce mépris à l’égard des adolescents qui semble de plus en plus enclins à se rabattre sur les sports de salon. Je me demande s’il est toujours aussi incitatif et glorieux de faire partie d’une équipe de football et/ou de hockey. Je me demande aussi si les jeunes d’aujourd’hui se donnent la peine d’aller se cacher derrières des bâtiments désaffectés afin de consommer des stupéfiants.

  8. Sombre Déréliction Says:

    « Je me demande aussi si les jeunes d’aujourd’hui se donnent la peine d’aller se cacher derrières des bâtiments désaffectés afin de consommer des stupéfiants. »

    DAMN!

  9. Au fait, on va l’voir dimanche. *hate*

  10. @Sombre Déréliction: Que puis-je déduire de cette exclamation?

    @LaraAmor: Et puis?

  11. Les gens diront ce qu’ils voudront, j’ai adoré ce film! On s’attendait à du gore, de la violence et des ninjas, et on a été servis amplement! On s’en caliss du scénario, de la recherchiste, et de l’histoire douteuse. J’ai eu ske je voulais, moi.😄

  12. @LaraAmor: Cette attitude t’honore puisqu’elle suit ma logique.

  13. Depuis longtemps j’ai souhaité faire un blog et votre post me motive encore d’avantage

  14. @Elise FOUQUET: Salutations et bienvenue dans mon antre. Je suis ravi que mes élucubrations, aussi modestes soient-elles, puissent s’avérer inspirantes pour autrui à tel point qu’elles suscitent un intérêt certain envers ce moyen de diffusion fabuleux qu’est le blog. Mon principal intérêt réside très certainement dans l’écriture, le reste ne faisant qu’agrémenter l’expérience d’une dimension nouvelle. Bonne chance dans vos projets et au plaisir!

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