Le pacificateur

Tignasse volumineuse et pilosité faciale proéminente obligent, il m’arrive, à l’occasion, de fréquenter des endroits douteux en compagnie d’individus potentiellement peu recommandables, jeunes incompris et âmes tourmentées. C’est ainsi que ma tendre moitié me convainc (avec aisance d’ailleurs), en ce vendredi 18 décembre 2009, de visiter un havre de débauche à prédominance  pré-pubère ayant pignon sur rue dans l’arrondissement réputé de la ville de Québec qu’est Limoilou, j’ai nommé Le Kaméléon. Réputé pour les 4 litres de bière (dont la nature importe peu) généreusement offerts au coût de 18 dollars, ce coquet établissement accueille en son sein bon nombre d’adeptes de musique violente, de punks, de vétérans du bar et autres rebelles à la gloire révolue. Bien que les altercations semblent y être monnaie courante, l’hétéroclite faune locale ne semble point disséminée pour autant et aucun colosse n’incarne de figure autoritaire en ces lieux proscrits où la population se régule d’elle-même.

Désireux de consommer de l’alcool en agréable compagnie et au son de musique distorsionnée, je consommai donc quelques breuvages houblonnés aux accents d’agrumes tout en devisant allègrement avec les troupes festives qui m’entouraient jusqu’à ce que la situation se tende de manière palpable. Suite à une altercation de nature obscure et agressive entre deux dames aux opinions explicitement divergentes, les « clans » se rassemblèrent autour des protagonistes et contribuèrent à nourrir les hostilités tandis que s’opposaient « keupons » et « métaleux » dont le désir de vaincre n’avait d’égale que leur fervente ignorance. Fusèrent ensuite les propos haineux, accusations de nazisme à l’encontre des chevelus qui, de leur côté, semblaient croire qu’ils avaient affaire à des « skinheads » néonazis, ces derniers arborant le crane dégarni, le manteau caractéristique à la double orange vif et le foulard devant le visage, prêts au combat.

Kristian "Varg" Vikernes

Bien que mon aspect général m’associait invariablement à l’un des deux groupes en cause, l’immaculé gaminet à l’effigie des Tranformers que je portais fièrement ne semblait pas faire de moi une victime potentielle de l’effusion de sang à venir, à moins que je fus qualifié par quelque illuminé comme étant un suprémaciste cybertronien. Ceci dit et bien que je prône généralement le massacre et le pillage, je fus envahi par un profond mécontentent à l’idée de voir quelques hurluberlus se lancer tête baissée dans une confrontation tout aussi futile que puérile. Quittant ma retraite paisible et dégainant avec véhémence mon verbe acéré, je commençai par m’informer sommairement au sujet du conflit en cours auprès des deux partis pour ensuite m’interposer pacifiquement entre une punk hargneuse au poing hasardeux et un ignare qui tentait de plaider son innocence sous un couvre-chef orné du logo de Burzum. Victimes impuissantes de mon implacable logique, les contrevenants se dispersèrent, ne laissant derrière eux que quelques insultes à travers la bière renversée.

Skinhead (selon Google Images)

C’est ainsi que je pus retourner cuver mon alcool modestement avec le sentiment du devoir accompli, m’étant fait amis de quelques marginaux et ayant acquis la reconnaissance de ceux et celles dont l’intégrité physique fut mise en jeu au cours de la soirée. Au cours de mon intervention de nature diplomatique, j’ai appris que toute cette zizanie provenait d’une histoire ancestrale (datant d’environ deux mois) alors que les punks territoriaux furent défiés sur « leur terre » (Le Kaméléon) par un militant du « White Power » au discours hitlérien. Nul ne sait vraiment ce qui est advenu de l’illuminé en question mais son visage fut imprégné dans l’imaginaire collectif et un lien fut établi entre cet être particulier et une païenne relativement anodine qui s’est avérée faire partie de notre sympathique rassemblement et qui attira le courroux de la nation bérurière en place. S’accusèrent à tort de nazisme et d’autres adjectifs colorés une foule de récalcitrants afin de défendre leurs camarades et idéaux face à l’adversité sans prendre la peine de discuter convenablement.

TerraWildSiders2

Terra Wild Siders

Bien que les convictions soient parfois louables et contribuent, dans une certaine mesure, à l’intégrité d’un individu, elles impliquent trop souvent un extrémisme qui rime avec absurdité. Cette hilarante anecdote au dénouement rappelant un film de Disney n’est toutefois pas garante de la majorité et bon nombre de gens se brutalisent chaque jour inutilement afin d’assouvir leur soif d’un patriotisme aux fondations d’argile sans même se questionner sur la valeur réelle de leurs agissements. Lorsque l’on applique savamment son poing sur le visage d’une créature jugée répugnante, il serait légitime de rentabiliser le geste, ne serais-ce qu’en s’assurant qu’il est posé pour une raison connue des habitants des deux côtés de cette douloureuse frontière, sans quoi c’est un peu comme de punir un chien 2 jours après qu’il ait uriné dans vos Terra Wild Siders. Si vous vous estimez au-dessus de l’éthique de l’agressif en herbe, ne vous insurgez pas lorsque l’on vous pendra pour sodomie.

7 Réponses to “Le pacificateur”

  1. J’aime bien l’idée que Varg Vikerness soit un jeune incompris. Mais la finale est vraiment l’une des meilleures. Sauf celle où tu finissais un texte en parlant d’avoir une queue tatouée sur une fesse.

  2. Oh, j’ai oublié de te dire que tu étais mon héros.

  3. Pacificateur ? Un vrai petit Christ !😉

    Joyeuses libations !

  4. Sombre Déréliction Says:

    Haha! Excellente anecdote!

  5. @Le Détracteur Constructif: Merci mon brave. Vivement que je sois le héros de tous et toutes, pour le bien collectif et le mien.

    @Darwin: HA HA! Gandhi n’a qu’à bien se tenir. Merci!

    @Sombre Déréliction: J’abonde en ce sens.

  6. Fabuleux !!! Tu me rappelle ma jeunesse (mon enfance en fait) au Charlie Brown, Au Visage et au Cargo pour finir à l’ouverture des Fouf … ouan … chu vieille de même !!! Je faisais la « pacifiste » comme toi … Je n’avais que des amis , pas mal hein ?!?

  7. @La Shirley: Certes, je me délecte encore de ce moment. N’étant pas très au courant de l’histoire montréalaise en ce qui a trait à la « night life », je ne saurais dire à quel point l’évocation de ces lieux appartenant vraisemblablement au passé fait de toi une vieille femme mais je félicite tout de même ton expérience. Personnellement, je n’ai pas l’habitude de fréquenter de tels endroits et encore moins de jouer au diplomate mais j’aime être festif en compagnie de gens sympathiques qui, idéalement, ne sont point sanguinolents (surtout lorsque je porte un chandail blanc). Peut-être suis-je donc plus un ivrogne égoïste que le Mitch Bucannon du bar miteux mais le résultat reste le même et rend la populace heureuse. Puises-tu persister dans l’univers rocambolesque de la pacification tout en t’entourant d’amis reconnaissants et en bénéficiant potentiellement de consommations gratuites.

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