Des fusils et des hommes

3 novembre 1957, Stockholm, Suède: Un homme d’exception voit le jour et rien ne laisse présager qu’il deviendra le héros que l’on connait aujourd’hui. Approximativement 3 ans plus tard, le 18 octobre 1960, à Berchem-Sainte-Agathe, dans la région de Bruxelles-Capitale en Belgique, nait un autre individu exceptionnel qui allait lui aussi devenir l’idole d’un peuple. Individuellement, ces deux titans l’on vénère aujourd’hui sous les noms respectifs de Dolph Lundgren et Jean-Claude Van Damme sont des êtres explicitement supérieurs que l’on peut d’ailleurs comparer à d’autres grands de ce monde tels que, entre autre, Arnold Schwarzenegger, Sylvester Stallone, Genghis Khan et Gandhi. Ceci dit, bien que les spécimens précédents se soient essentiellement démarqués individuellement, Dolph et JCVD ont offert au monde un duo immortel dont la rivalité mythique a puisé sa suprématie dans l’essence même de la virilité et dont le message prophétique fut diffusé à travers la réalisation cinématographique monumentale qu’est « Universal Soldier ».

Apollo Creed

Ennemis jurés jusque dans leurs derniers moments alors qu’ils s’entre-tuèrent sauvagement, ce combat frénétique entre les deux soldats aguerris qu’étaient Luc Deveraux (Van Damme) et Andrew Scott (Lundgren) devait toutefois survivre au trépas des deux antagonistes dont le destin ne fut point scellé par le décès clinique. En effet, les corps meurtris des deux colosses furent réanimés et leurs cerveaux reconditionnés afin de faire partie d’une troupe de choc de parfaits guerriers dans le cadre du projet « UniSols » qui devait faire d’eux des machines à tuer. De fil en aiguille, Jean-Claude reprend partiellement ses esprits et Dolph, dans le cadre de ses fonctions, embrasse pleinement le statut de brute sanguinaire. C’est donc une histoire inspirante, émouvante que celle qui unit des rivaux au-delà de la mort, leur permettant d’accéder au statut prisé de « zombie soldat mutant » afin de perpétrer encore plus violemment leur hostile relation. Évidemment, le Belge était voué à jouir d’une victoire hollywoodienne mais le mérite du bourreau d’Apollo Creed n’en était pas amoindri pour autant, son souvenir intarissable demeurant le moteur persistant de l’espoir car c’est à travers la science-fiction que l’on concrétise l’improbable.

Comme tant d’autres franchises prometteuses qui sont souillées par une mentalité capitaliste, l’intégrité de « Universal Soldier » était voué à être violé pas des êtres impies aux considérations pécuniaires prédominantes mais dont les moyens intellectuels déficients n’allaient en rien servir leurs ambitions. En effet, le chef-d’œuvre de 1992 devait être suivi par deux suites médiocres qui ont cru bon délaisser le directeur et les acteurs d’origine, nous offrant donc un produit versant dans la médiocrité et l’anonymat (exception faite d’interventions troublantes de Burt Reynolds et Gary Busey) qui, si je ne m’abuse, polluèrent toutes deux les téléviseurs nord-américains en 1998 sans passer par les salles de cinéma. Mutilant profondément le moral des troupes, ces deux échecs lamentables ne parvinrent tout de même pas à reléguer aux oubliettes le concept original et 1999 fut l’année qui souligna le retour de Van Damme dans le rôle de Deveraux sous le nom de « Universal Soldier: The Return ». Bénéficiant d’une histoire plutôt pénible qui s’éloignait considérablement du concept original, cet effort fut tout de même tolérable en nous offrant un apport raisonnable en action et en violence, portant à l’écran le populaire lutteur et footballeur Bill Goldberg dont le physique impressionnant et l’attitude bestiale donnaient vie à un adversaire de qualité. Je crois tout de même que l’attrait principal pour ce long-métrage est ce plaisir coupable et nostalgique qui est celui de revoir Jean-Claude dans ce rôle culte.

JCVD

S’ensuivit une période léthargique à travers laquelle naquirent et moururent des rumeurs de résurrection mais les précédents échecs laissaient croire que rien ne pourrait raviver la passion des adeptes du pouvoir originel. Malgré tout, après 10 ans d’absence, des puristes entreprirent de récompenser les porteurs de la Vérité et, contre toute attente, créèrent « Universal Soldier: Regeneration ». En dépit du manque de confiance des studios qui fit en sorte que ce nouveau chapitre n’investit pas les cinémas, l’équipe de production réunit à nouveau Van Damme et Lundgren pour un affrontement ultime généré par une histoire de qualité, sans prétention, qui comporte tous les éléments d’un bon film d’action de jadis. Agrémentant leur arsenal militaire du combattant extrême Andrei « The Pit Bull » Arlovski, les producteurs ont donc mis en place des pièces imposantes sur l’échiquier poussiéreux de la rétro-barbarie.

Dolph

Psychologiquement favorable à l’approbation massive de l’élite masculine, « Regeneration » dose irréprochablement les scènes sociales vis-à-vis des scènes d’action, y allant d’un traditionnel 50/50 (peut-être même 40/60) avec une étonnante fluidité. Même le générique d’introduction est interrompu pour nous offrir meurtres et fusillades agrémentés de kidnapping et d’une poursuite effrénée à travers laquelle de multiples propriétaires de véhicules sont contraints de remplir une déclaration d’assurances. Ceci dit, les armes à feu, bien que fortement appréciées, ne sont que des outils indignes de vrais mâles, ne servant qu’à se débarrasser rapidement de la plèbe afin de passer aux choses sérieuses. Les scènes d’action clé de cette épique épopée se déroulent donc au corps à corps, parfois agrémentées de lames ou de divers objets contondants et généralement métalliques. La seule déception notable réside donc dans ce phénomène psychiatrique reconnu que l’on nomme généralement « manque de Dolph ». En effet, bien que ses passages à l’écran soient impeccables et que ses propos soient parfaitement choisis, Lundgren n’est pas suffisamment présent et, comble du malheur, il n’incarne pas l’opposant final de son ennemi juré. C’est donc Arlovski qui a la lourde tâche de périr le dernier sous les coups impitoyables de J-C, rôle qu’il remplit d’ailleurs à merveille.

Dix-sept longues années se sont ainsi écoulées entre la sortie de « Universal Soldier » et sa suite légitime. Bien que l’on eut adoré une simple scène d’action ininterrompue entre les deux instigateurs de la saga, les personnages de Scott et Deveraux ne font ici que servir une histoire, ce qui est, globalement, beaucoup mieux que si l’histoire avait servit les personnages. Non seulement ce visionnement fut-il une expérience inoubliable mais il fut porteur d’un message inspirant, un message trop souvent oublié selon lequel toute paix est achetée par le sang des soldats, mais qu’au-delà de l’intérêt commun surgissent des rivalités individuelles qui transcendent la cause et alimentent une haine viscérale, parfois (souvent) inexplicable, que seule peut étancher l’accomplissement de la vengeance.

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16 Réponses to “Des fusils et des hommes”

  1. Sombre Déréliction Says:

    Hahahaha! Je n’arrive toujours pas à comprendre comment vous pouvez utiliser une écriture aussi admirable pour décrire de pareilles choses! En tout cas j’en ris encore dix minutes après la lecture, surtout l’avant dernier paragraphe!

  2. @Sombre Déréliction: Il est de mon devoir de propager mon savoir et ma sagesse à une société malade qui s’éloigne chaque jour un peu plus de la Vérité (et de la virilité, par le fait même). Pendant que, ailleurs dans le monde, surviennent des catastrophes et sévit la famine, on oublie trop souvent de parler des vraies choses.

  3. «une société malade qui s’éloigne chaque jour un peu plus de la Vérité (et de la virilité, par le fait même)»

    Bizarre quand même que le mot virilité soit féminin…

    Je n’ai de mémoire jamais vu de film avec JCVD.

    J’ai quand même bien apprécié le texte (oui, oui, je sais, la routine…). J’ai en plus fait connaissance avec Bill Goldberg que je ne connaissais pas non plus. Un double plaisir, en somme !

  4. Sombre Déréliction Says:

    Bien que ces chef d’oeuvre du septième art ne fassent pas partie de mon Background culturel, assez limité je l’avoue, je ne puis que vous comprendre dans votre intarissable quête de la Vérité ( et par conséquent de la virilité). C’est d’ailleurs en regardant une performance récente de patinage artistique que m’est venu ma première exaltation merveilleuse devant un spectacle viril. Je crois d’ailleurs que cette révélation divine pourrait bien être le fruit posthume d’un des miracle du Frère André.

    « Bizarre quand même que le mot virilité soit féminin… »

    Pour moi cette situation toute naturelle est plus que souhaitable!; elle est une bénédicité de la nature.

  5. «Pour moi cette situation toute naturelle est plus que souhaitable!; elle est une bénédicité de la nature.»

    Je ne pouvais m’empêcher de penser à toi quand j’ai écris cela… Heureux que cela te rende heureux !

  6. @Darwin: Belle tentative que celle d’amoindrir l’impact puissant du terme « virilité » en référant à son genre grammatical mais je crains que l’on flirte ici avec le sophisme, ce qui n’est pas souhaitable. Pour ce qui est de ton manque flagrant de culture, je te conseille vivement le film « Bloodsport » qui est très certainement LE film qui a contribué à l’ascension fulgurante de Van Damme vers les plus hauts sommets de la gloire.

    Pour ce qui est de Bill Goldberg, c’est aussi un incontournable de la lutte des années 90, de par sa personnalité sa contribution à hausser les standards physiques et techniques de la lutte contemporaine.

    @Sombre Déréliction: Je compatis.

    @Darwin: Prière de ne pas encourager le triste délire des gothiques et « emos » de ce monde.

  7. Matt Damon Says:

    Mon nom c’est Jean-Claude Van Damme et je suis un mage!

  8. @Matt Damon: J’te transforme en « sheep ».

  9. Vous avez bien dit « sheep »?

  10. @Déréglé temporel: Quel excellent film que celui-ci! J’ai adoré!

  11. @ DR of D

    «Quel excellent film que celui-ci! J’ai adoré!»

    Jean-Claude Van Damme jouait le rôle de quel mouton (mot masculin, bien sûr !) ?

    «Prière de ne pas encourager le triste délire des gothiques et « emos » de ce monde.»

    Moi qui croyait le ridiculiser !

  12. @Darwin: Si JCVD avait incarné les moutons, ils auraient vaincu de manière triomphale. Pour le reste, je crois que l’on verse malheureusement dans le compliment.

  13. Sombre Déréliction Says:

    Continuez, de grâce, à nourrir ma tristesse afin que je puisse, par mes larmes, noyer ce monde maudit!

  14. «Continuez, de grâce, à nourrir ma tristesse»

    Pour ça, tu sembles te débrouiller seul à merveille ! Et comment oserais-je aller à l’encontre des directives on ne peut plus claires de l’hôte de cet antre, surtout maintenant que j’ai eu le privilège de lui serrer la pince ! 🙂

  15. @Sombre Déréliction: Certaines contraintes professionnelles m’empêchent présentement de bien remplie mon statut de messie des temps modernes mais sachez que d’autres révélations perturbantes sont à venir afin de provoquer une dégradation prématurée de vos cellules cérébrales. Le destin m’offre présentement une source intarissable d’anecdotes zoophiles qu’il me tarde d’exploiter.

    @Darwin: Excellente attitude. 😉

  16. […] de films en ce moment. Après El Equipo A, dont je n’ai pas parlé parce que c’est le genre de films dont Rémi parle mieux que moi, et Origen, j’ai aussi pris, hier et aujourd’hui, le train aller-retour de Madrid pour […]

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