La chute d’un titan

Il existe en ce monde des individus inspirants qui, sans même que nous les connaissions personnellement, intiment un profond respect. Ce sont ces gens, figures emblématiques de notre société, qui marquent les mémoires comme les écrits et de qui l’œuvre ne fut que trop souvent sous-estimée de leur vivant pour ne connaître la gloire méritée que suite à leur mort. C’est ainsi que je vis un deuil profond depuis hier, 16 mai 2010,  alors que s’est éteint un homme que je qualifierais de patriarche du « heavy metal », instigateur du geste symbolique que l’on qualifie aujourd’hui de « devil’s horns » (ou « cornes du diable » pour les puristes de la langue française), j’ai nommé Ronnie James Dio.

Ronnie James Dio

Reconnu comme étant l’un des plus puissants chanteurs de l’histoire du « heavy metal », Dio, né Ronaldo Giovanni Padovan (information facultative et relativement inutile), est actif sur la scène musicale depuis 1957 et a fait partie de plusieurs groupes jazz/rock sans envergure avant de former son premier groupe notable, Elf (renommé ainsi en 1969 alors que son appellation initiale était plutôt Electric Elves), en 1967. C’est grâce à cette formation aujourd’hui plutôt méconnue que les cordes vocales mystiques de Dio ont charmé l’oreille attentive de Ritchie Blackmore alors que les elfes ouvraient pour le groupe culte Deep Purple dont Blackmore était, à ce moment, le guitariste. C’est ainsi que lorsque vint le temps pour ce bon vieux Ritchie de former son propre groupe, Rainbow, il pensa à Ronnie et à sa voix cosmique, pour contribuer à la naissance de cet orchestres « hard rock/heavy metal » aux inspirations fantaisistes. Bien que le premier album de Rainbow, au nom original de « Ritchie Blackmore’s Rainbow », parut cinq ans après le premier opus de Black Sabbath, plusieurs considèrent cet effort comme l’une des pièces maîtresses de l’échiquier fabuleux de la scène « metal », pavant la voie pour des groupes épiques agrémentées de prouesses vocales impressionnantes tels que Iron Maiden et Judas Priest.

J’entends déjà les imprécations hostiles de mes lecteurs assidus alors que le glorifie certaines références elfiques et que le prône l’arc-en-ciel. Prenez note que l’approche des elfes telle que véhiculée par le groupe Elf réfère plutôt à certaines légendes irlandaises qui représentent ces créatures comme des farfadets hostiles et voleurs de chaudrons, ce qui est acceptable. Pour ceux qui attribueraient à l’arc-en-ciel des références diverses allant à l’encontre de ma virilité, je fais ici mention du pont Bifrost, le pont arc-en-ciel qui, dans ma mythologie scandinave, lie Midgard (la terre des hommes) à Asgard, le royaume des dieux. Je poursuis donc.

Fait inconnu de certains, Dio a ensuite contribué à certains des albums les plus sublimes et sous-estimés de Black Sabbath, s’inscrivant officiellement dans la légende car c’est à cette époque qu’il popularisa le signe du « devil’s horns », symbole de la main dont le but initial, d’après une superstition italienne, était plutôt de repousser le mauvais œil. C’est dont en 1979 que Dio quitta Rainbow au profit de Sabbath et qu’il donna une toute nouvelle dimension au groupe avec l’album Heaven and Hell qui fut suivit de Mob Rules. Cette contribution fut toutefois de courte durée car à cette courte liste ne s’ajoute qu’un album en concert intitulé Live Evil. Les chanteurs se succédèrent ensuite chez la troupe de Tony Iommi et le successeur direct de Dio fut, ironiquement peut-être, Ian Gillan, vocaliste de Deep Purple, qui ne resta que le temps d’un album car je crois qu’il se sentait un peu trop en dehors de son élément habituel.

"Devil's horns"

Vint ensuite la carrière solo de Ronnie James qui fonda un orchestre à son image sous le nom simple et efficace de Dio. C’est sous cette étiquette que cet épéiste des temps modernes (blague de qualité relative à son premier vidéoclip) créa bon nombre de classiques du genre dont les pièces maîtresses sont sans aucun doute les hymnes fantasmagoriques que sont les chansons « Holy Diver » et « Rainbow in the Dark », toutes deux tirée de son premier album. Même si Dio a contribué à beaucoup de projets au cours de sa carrière, c’est à son propre nom qu’il s’est avéré le plus proléfique. Ceci dit, son implication à titre de leader du projet Hear ‘n Aid mérite une attention toute particulière de par sa nature grandiose. En effet, à l’image du célèbre We Are The World, ce projet rassembla, en 1985, 40 vedettes de la scène « hard rock/heavy metal » afin d’enregistrer l’une des meilleures chansons de l’histoire de l’humanité afin de venir en aide aux victimes de la famine en Afrique. Ce travail collaboratif parvint à amasser plus d’un million de dollars pour la bonne cause et fit même appel à certains membres (David St. Hubbins et Derek Smalls) de la formation culte Spinal Tap qui agirent ici à titre de choristes.

La carrière de ce géant de petite taille fut ainsi ponctuée de nombreux succès dont un retour du côté de Black Sabbath en 1992 pour l’album Dehumanizer qui, à mon humble avis, est probablement l’album le plus marquant de la discographie de ceux que plusieurs qualifient d’inventeurs du « heavy metal ». 2006 fut aussi une année marquante pour les adeptes du chanteur puisqu’il revint une fois de plus aux côtés de ses camarades Tony Iommi et Geezer Butler de Black Sabbath, accompagné du batteur Vinny Appice et produisirent la compilation Black Sabbath: The Dio Years, laquelle vit le jour en 2007 fut agrémentée de trois titres inédits spécialement enregistrés pour l’occasion, Toujours en 2006, Dio contribua par sa divine présence et par sa voix unique au film Tenacious D in The Pick of Destiny, Jack Black étant un grand admirateur de son œuvre. C’est finalement en 2009 que Dio prêta sa voix à un dernier album officiel intitulé The Devil You Know sous le nom Heaven and Hell auprès ses collègues précédemment mentionnés, laissant de côté le nom de Black Sabbath pour éviter la confusion et se concentrer sur un matériel nouveau, mature et indépendant du groupe généralement associé à Ozzy Osbourne. Le résultat démontre d’ailleurs très bien pourquoi ces hommes sont devenus des icônes respectées à travers les âges, ces pièces intemporelles étant porteuses de la magie des temps anciens tout en redéfinissant un genre que les hérétiques croient épuisé. Cette collaboration devait d’ailleurs donner naissance à d’autres réalisations et à plusieurs spectacles, si ce n’eut été d’un vil cancer de l’estomac, initialement diagnostiqué en 2009 et qui, bien que mis en déroute par des traitements de qualité, revint à la charge en 2010, emportant l’immortel Ronnie James Dio à 7h45 en ce jour sombre sur lequel je mets ici l’emphase, soit le 16 mai 2010.

Bien que l’on puisse se permettre de spéculer à l’effet que Dio soit plutôt tombé au combat, l’épée à la main, décapité afin de transmettre ses pouvoirs au futur gardien et préservateurs de secrets insoupçonnés de la bible du « metal » dont les pages forgées dans les flammes de l’enfer furent gravées avec les ossements des vaillants tombés au combat par les divinités scandinaves, à une époque où les mers n’étaient que torrents de sang et où le tonnerre des cieux masquait avec peine le son des pas des armées guerroyant jours et nuits, il n’en demeure pas moins que nous sommes aujourd’hui privés de la présence d’un titan. Peut-être le commun des mortels vit-il dans l’ignorance de l’existence de ce pilier des fondements mêmes de l’univers mais il n’en demeure pas moins que les personnes dignes connaissent ce nom, le prononcent avec respect et respectent ses enseignements. Que ce soit à travers ses spectacles dégageant une énergie inconnue de la science où en participant à diverses entrevues, Dio fut l’incarnation la plus pure ce qui pourrait potentiellement tenter de définir le terme « metal ». Sa voix s’avéra être le véhicule d’une indescriptible passion qui fut transmise à plusieurs générations « metalheads » pour qui la musique est aujourd’hui une religion. Sur scène, même lors de ses dernières prestations, il a toujours émané d’une énergie palpable que la science ne saurait expliquer; En personne ou en entrevue, il fut l’émissaire d’un mode de vie marginal par son respect et sa joie contagieuse.

Pour des raisons obscures, cet homme modeste ne fut que trop souvent sous-estimé mais la valeur de son héritage n’en est pas amoindrie pour autant. Les fidèles sont aujourd’hui en deuil et les autres persisteront vraisemblablement à vivre dans l’ignorance mais nul homme ni femme ayant su apprécier la voix incomparable de Ronnie James Dio ne restera de marbre devant une si triste nouvelle. Ce ne sont toutefois pas les pleurs qui retentiront pour souligner cette tragédie mais plutôt les cris victorieux alors que les poings seront brandis vers les cieux pour saluer le départ de celui qui a dédié sa vie à cette musique qui demeurera éternellement incomprise de la plèbe. Dio, je te salue.

Dio

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19 Réponses to “La chute d’un titan”

  1. Un homme sage a déjà dit: It’s better to rule in hell than it is to serve in heaven.

    Dio fait définitivement parti de la première catégorie.

  2. Darwin Says:

    Respect…

  3. molina daniel Says:

    the man on the silver mountain is gone to catch the rainbow in the tempel of the king , Ronnie etait le king et j’espere que ses amis Tonni ,ritchie,axel,ozzy et bien d’autres lui rendront un hommage sur cd car nous ses fans sommes vraiment abatus de savoir que nous ne pourrons plus l’entendre sur de nouveaux morceaux (sweet child in time)
    rest in peace Ronnie (with respect and love) daniel

  4. C’est une grande perte. Un monument vivant est tombé au combat. Il faudra être grand et fort pour lui succéder.

    Respect.

  5. @Le Détracteur Constructif: Un seul geste parfois suffit.

    @DooM: Tous en enfer ne peuvent clairement que s’incliner devant Dio! 😉

    @molina daniel: Tout d’abord bienvenue. Il va sans dire que tous les musiciens « heavy metal » de la vieille école doivent être en deuil et nous verrons vraisemblablement surgir de l’ombre des hommages divers car ce n’est que trop souvent après la disparition de ces êtres marquants que l’on songe à leur rendre les honneurs dus.

    @lebarbareerudit: C’est effectivement une page d’histoire qui est aujourd’hui tournée et je doute que l’on aie droit à un chanteur plus marquant dans l’avenir mais son héritage subsiste.

  6. «Le résultat démontre d’ailleurs très bien pourquoi ces hommes sont devenus des icônes respectées à travers les âges, ces pièces intemporelles étant porteuses de la magie des temps anciens tout en redéfinissant un genre que les hérétiques croient épuisé.»

    Je ne sais pas pourquoi, mais je me sens visé par ce paragraphe 😉

    Sinon, j’ai un immense respect pour l’homme et le musicien, sympathique et grand créateur. Respect. J’espère qu’il prend un pot avec Satan, en attendant notre arrivée à tous.

  7. @Hérétik: Bien qu’il ne m’étonne pas que tu te sentes visé par ce paragraphe, il n’était toutefois pas spécifiquement à ton attention même si l’utilisation tu terme « hérétique », terme que j’affectionne d’ailleurs particulièrement, se prête bien à une telle interprétation. À titre indicatif, je cible plutôt ici à titre d’hérétiques le roturier moyen qui entretient la culture populaire et qui dénigre le « metal » en général. Le fait que tu sois un fier combattant des forces obscures fait de toi une personne acceptable par défaut. 😉

    Il va sans dire que les épées sont brandies en enfer alors que les déchus font la file devant le trône de Dio alors que Satan lui fait, avec honneur, office de secrétaire.

  8. C’est probablement le plus bel hommage qui aura été écrit à son propos. Plein d’humour et de références diverses. J’adore!

    Ceci étant dit, je n’aurais jamais pensé pleurer un jour en écoutant Holy Diver…

  9. he’s gone to the midnight sea….
    RIP DIO

  10. Décidément, c’est le plus beau hommages que j’ai lu concernant Dio. Mon lecteur mp3 est actuellement en mode « hommages à Dio » et je me fait un devoir de répendre la triste nouvelle à la populace.

  11. @Noisette Sociale: Merci beaucoup c’est très flatteur! Les chansons de Dio n’ont effectivement plus tout-à-fait la même saveur maintenant et sont porteuses d’une certaine émotivité mais le sourire reviendra sous peu!

    @Neil Obstat: Oh what’s becoming of me? 😉

    @Félix: Merci! Je suis aussi dans un mode semblable depuis dimanche, survolant les classiques de Rainbow, Black Sabbath, Heaven and Hell et Dio.

  12. PL of hell and back ! Says:

    Dio est mort j’avoue mais pour moi

    il vivra éternellement dans sa musique !

    et n’oublions pas toute l’héritage qu’il nous laisse !

  13. Archaos Says:

    Malgré le fait que je ne connaisse que quelques chansons de Dio, je sais reconnaître la valeur de l’héritage qu’il a laissé dans le monde parfois incompris de la musique Heavy Metal.

    Rest well Dio!

  14. @PL of hell and back !: Indubitablment.

    @Archaos: Voilà qui est bien dit. Ce n’est pas tant le savoir en soi que le respect qui importe.

  15. Voici un vibrant hommage à Dio, de Robert Brockway:

    “What’s that? Why? You want to know why, again? Because you didn’t know his name, Stanley. You didn’t know his god damn name. But you will now. It was Ronnie James, incidentally. Ronnie James Motherfucking Dio. But that’s okay: I promise this time, you won’t soon forget it.”

    I polished off the rest of my coffee, and gently pushed him aside.

    “Welp, I gotta be off now to pleasure your woman and commit some Tribute Crimes. Oh, and Stanley?” I turned, clapping him reassuringly on the shoulder, “Ride the tiger, buddy. Ride the tiger.”

    Read more: http://www.cracked.com/blog/for-dio-the-only-appropriate-tribute/#ixzz0uHabhGgt

  16. @Protiste: Salutations. J’ai aussi lu cet hommage, tout anglophone qu’il soit, et il est effectivement fort divertissant.

  17. bel hommage. il nous manque déjà.

  18. @sadfran: Dio est éternel.

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