Les chevaliers d’émeraude

Chez l’être humain moyen, la vue est un sens primordial qui est souvent le premier contact qu’une personne a avec une entité X, l’ouïe arrivant bonne deuxième, selon une étude sérieuse menée par moi-même dans le cadre d’une brève réflexion. Chaque objet, créature, individu qui est ainsi perçu est ainsi analysé par le cerveau afin de porter un jugement oscillant entre l’appréciation et le dégoût, s’arrêtant souvent au passage sur l’indifférence. Étant moi-même prompt à dispenser à la populace mon sage jugement, mon troisième œil voit toutefois généralement le « être » au-delà du « paraître ». Bien entendu, l’apparence est souvent instigatrice d’un premier contact puisque les gens aiment diffuser visuellement ce qu’ils sont intérieurement. On constate par le fait même que plusieurs personnes sont fades et anodines, régies par la masse, sans personnalité propre. Il y a toutefois bon nombre de coquins qui affichent une intéressante marginalité et il m’est régulièrement arrivé de discuter longuement avec un inconnu après avoir émis un commentaire sur son gaminet aux couleurs d’un groupe de musique pertinent ou d’un film fabuleux, par exemple. Chaque être juge donc ses pairs et fait un tri instinctif qui lui permet de se rapprocher de ses semblables. Nul n’y échappant (sauf peut-être ceux qui ne côtoient que des aveugles), je suis donc moi aussi victime du jugement discutable du roturier et c’est pourquoi je m’insurge aujourd’hui.

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La marque du Malin

Alors que le citadin conventionnel ne recherche pas d’interaction avec l’inconnu en l’absence de contexte, le vendeur se nourrit des clichés afin de cibler la clientèle et de l’amener à sombrer dans le piège de la consommation. J’illustrerai donc cette idée en me servant d’une histoire vécue qui m’horripile encore aujourd’hui. Étant un matérialiste convaincu, je suis souvent appelé à chasser en milieu urbain avec l’aide de l’arme redoutable qu’est ma carte de crédit, cette lame vicieuse à double tranchant. Cette activité somme toute normale m’amène à me manifester publiquement, le torse bombé afin de mettre en valeur les convictions rétro-gardistes qui masquent la virilité de mon poitrail, ma chevelure soyeuse portée par les vents nordiques alors que ma barbe longue contribue à la sévérité de mon visage impassible, la quête solitaire de gibier accentuant mon hostilité naturelle. C’est donc cette image de guerrier nordique à la démarche souple (je m’aime) que définit rapidement le représentant de Québec Loisirs avant de m’interpeler joyeusement en vue de m’offrir de joindre sa perfide organisation afin de bénéficier d’ouvrages de qualité comme… Les Chevaliers d’Émeraude.

La conscience collective semble faire en sorte que les cheveux longs (facteur physique primaire analysé dans le cadre de cet exposé), en prenant en considération certains facteurs vestimentaires, géographiques et hygiéniques, représentent principalement trois types de personnes: les « métaleux »,  les « geeks » et les hippies. Si on pense au prix d’une coupe de cheveux de nos jours, on pourrait aussi intégrer les pauvres à l’équation mais passons. Faisant personnellement partie de deux de ces trois catégories, j’attire ainsi une faune diversifié ainsi que des regards interrogateurs au quotidien. Assumant pleinement mon statut de « métaleux geek viking pseudo-hippie », je fus contraint de développer certains mécanismes de défense et c’est pourquoi je suis aujourd’hui en mesure de composer avec les prédateurs tels que les vendeurs de Québec Loisirs.

Non

Tout d’abord, je n’ai pas lu et n’ai aucune intention de lire Les Chevaliers d’Émeraude. Cette série de livre, fierté présumée de la communauté littéraire fantastique québécoise, me répugne au plus haut point. Lors de la sortie du premier livre, j’ai lu le synopsis et j’ai rapidement jugé que cette histoire versait dans la médiocrité. J’ai lu une quantité incroyable d’œuvres fantastiques et celle-ci ne m’a pas attiré outre mesure. Facteur psychologique involontaire de rébellion anticonformiste, j’ai aussi tendance à me dissocier des lectures populaires, ce qui fait que je n’ai pas lu Harry Potter, ni Twilight, ni Le Code Da Vinci. Tout aurait pu cesser à ce moment précis mais je suis constamment harcelé et confronté alors que fusent de toutes parts les commentaires élogieux à l’égard de ces livres que ma chevelure devrait pourtant me faire apprécier. Le simple fait que l’on tente de m’inciter à faire la lecture de ces récits contre mon gré m’incite d’autant plus à m’en éloigner. Parlez-en à mon père qui, sage parmi les sages, comprit rapidement que la rémunération (et plus tard l’alcool) était le meilleur moyen de me convaincre, l’approche psychologique subtile de ce grand homme faisant en sorte que j’estimais accomplir des tâches ménagères par bonne volonté et non parce que j’y étais forcé (ce qui était bel et bien le cas mais qui ne lui enlève pas pour autant le mérite d’avoir entretenu une approche impeccable). J’ai un sérieux problème avec l’autorité, ce qui fit probablement sorte que l’adepte du monde militaire que je suis ne fit pas long feu dans les cadets de l’armée de terre, obtenant quand même le titre de cadet du mois à deux reprises sur les quatre mois que constituèrent ma carrière de sous-fifre aux habits impeccables et aux bottes reluisantes, mais je m’égare.

La lumière ayant été faite sur ma haine illégitime des Chevaliers d’Émeraude, je peux maintenant me concentrer sur le dénigrement de Québec Loisirs. Ce culte, connu de la masse comme étant un vulgaire distributeurs de livres et autres artifices, est en fait une puissante organisation corrompue par le vice au même titre que La Maison Columbia. Faisant miroiter chez les crédules la possibilités de richesses culturelles infinies, les titres de qualité s’épuisent rapidement et les victimes de cette vipère commerciale ne réalisent que trop tard que l’attrait initial de ce club sélect n’était en fait que le chant d’une sirène alors que l’attrayante beauté lointaine n’était en fait autre qu’un hameçon maléfique qui amène inexorablement sa proie vers un monde de cauchemars mettant en scène des monstres tentaculaires faisant office de bourreaux sexuels. En effet, le ou les livres qui engendrent l’abonnement sont en fait les seules œuvres dignes d’intérêt pour un lecteur qui, confiné dans cette prison de verre, s’avèrera victime de ses engagements et investira des sommes précieuses en vue d’obtenir des produits médiocres faisant partie d’une sélection minable et sans variété. Les experts ont calculé que l’argent ainsi dilapidé vainement équivaudrait, chaque année, à plus de 50 bières par individu, les sous devant servir à l’acquisition de ce précieux nectar ayant plutôt contribué à la destruction de forêts, à la propagation de textes insipides et à la promotion d’artistes indignes.

Alors que les centres commerciaux et l’univers d’Internet fourmillent de trésors et d’aubaines en diverses langues et éditions, il est absurde, de nos jours de s’attacher soi-même au gibet de la consommation forcée, cet acte de masochisme lâche et passif étant aisément évitable. Il est aussi légitime et encouragé de véhiculer une image que l’on aime sans toutefois accepter que les vautours capitalistes se servent de cet acte d’extériorisation valorisante afin d’abuser de la volonté de chacun de s’épanouir dans un univers constitué d’êtres qui partagent nos passions et intérêts. Qui se ressemble s’assemble, alors vous ne voulez probablement vous « assembler » avec des rapaces, n’est-ce pas?

Timecop

Afin d’appuyer cette argumentation critique, j’ai décidé de créer une nouvelle section de liens intitulée « Récits fabuleux ». Cette catégorie sera dédiée à mes élans littéraires fictifs qui, bien que rares, existent toujours dans certaines archives secrètes. Sauvés des archives de Pompéi par Jean-Claude Van Damme suite à une aventure rocambolesque à travers le temps et l’espace, ces textes sauront vous charmer par leur dimension philosophique, leurs épopées farfelues et les diverses critiques sociales avant-gardistes qui y sont dissimulées. Comme première entrée, je partage avec vous une coquette pièce de théâtre intitulée « L’apogée des cactus », que j’ai réalisée dans le cadre d’un travail d’équipe en littérature au Cégep de Jonquière, le simple fait de mentionner que j’ai eu une excellente note pour ce travail entachant puissamment la crédibilité de cet établissement. Vous constaterez ainsi que je dénonce le fléau qu’est Québec Loisirs depuis plusieurs années déjà. Ensemble, nous vaincrons.

12 Réponses to “Les chevaliers d’émeraude”

  1. J’adore ce genre de délire. Avec tes innombrables digressions, tu serais capable de faire passer Victor Hugo pour Dan Brown !

    Je vais m’empresser de lire cette pièce de théâtre. As-tu l’intention de la monter dans le cadre du Carrefour international de Théâtre, qui bat justement son plein à Québec ? Nous avons d’ailleurs eu l’occasion de voir ensemble un échantillon de ce retentissant événement en contemplant six individus sortir d’un immeuble habillés en popsicle mauves. Ça ne s’invente pas. Je suis certain que ta pièce est meilleure.

    Réussir à ploguer JCVD dans un billet qui parle de Québec Loisir… comment fais-tu ?

  2. @Hérétik: Qui est Victor Hugo? HA HA! Je plaisante. Merci.

    J’aimerais bien redonner à cette brève intervention théâtrale sa gloire d’antan. Elle n’a initialement été jouée qu’une seule fois devant une foule constituée des autres étudiants de mon cours, le tout sans préparation adéquate et dans l’hilarité la plus totale. Dans un contexte propice, je crois que la gloire serait mienne et que j’aurais le respect de la faune artistique québécoise.

    Pour ce qui est de Jean-Claude, sa biographie tout comme sa filmographie contiennent de puissantes aventures et métaphores qui peuvent s’appliquer à l’ensemble de l’existence. Je ne suis que l’humble véhicule de sa grande sagesse.

  3. J’ai lu et détesté les Chevaliers d’émeraude, mais ai adoré Harry Potter… Quant aux deux horreurs que tu mentionnes par la suite, il n’est pas question que je laisse mes yeux s’égarer sur leurs pages mercantiles…

    «j’ai lu le synopsis et j’ai rapidement jugé que cette histoire versait dans la médiocrité»

    Pire que cela, cette médiocrité se répète dans les 11 opus suivants… Ce qu’on ne ferait pas pour partager quelques lectures avec sa douce ! Ton vendeur a dû confondre : cette série convient bien à des êtres humains aux cheveux longs, mais seulement à la moitié qui ne les accompagnent pas d’un torse velu !

  4. « J’ai lu et détesté les Chevaliers d’émeraude, mais ai adoré Harry Potter…  »

    C’est le jugement décrété par pas mal tous les amateurs de fantasy de qualité que je connais, au point où ça pourrait devenir un critère de sélection pour le titre.
    Moi je n’ai pas lu les Chevaliers d’émeraude. Je me suis fié au jugement d’amateurs de qualité.

    « Faisant personnellement partie de deux de ces trois catégories »

    Il doit être assez paradoxal de faire partie de trois catégories en même temps. Est-il possible d’être à la fois métalleux et hippie?

  5. Kyuss est ce qui se rapproche le plus de cet étrange possibilité….

  6. YzaRocK Says:

    Moi j’suis une fille pis en plus j’suis quétaine assumée.
    J’ai aimé ça les Chevaliers d’Émeraude euhhh bon.🙂

  7. @Darwin: Heureux de te le voir écrire! Je persisterai donc sur la même voie avec ton appui.

    @Déréglé temporel: Paradoxal certes, surtout que je pourrais élargir considérablement le nombre de catégories possibles en amenant plus de critères que les simples cheveux longs à cette équation.

    @Hérétik: Bien vu. Vive Kyuss!

    @YzaRocK: Toi t’as l’droit.😉

  8. Sombre Déréliction Says:

    Haha Trop génial ce post que j’avais manqué!

  9. @Sombre Déréliction: Mon absence de régularité rend certes difficile un suivi aisé. Peut-être devrais ingéré des céréales « All-Bran ». Ahem.

  10. Sombre Déréliction Says:

    All-Brain! Céréales de zombi!😆

  11. Math Bé Says:

    Ton article a vraiment de quoi me toucher, moi même ayant lu et détester les chevalier d’émeraude… leur seul avantage fut d’acheter a moindre cout des livres d’une qualité discutable pour finir mon abonnement a Québec Loisir. A ma défense, la fille qui m’as convaincu de l’abonnement était très charmante et a su abuser de ma naïveté, de plus avec mon abonnement venait une SURPRISE dont on refusait de me dévoiler la nature.

    Du moins j’ai appris 3 leçon de cette histoire
    1 : tant qu’a succomber au charme d’une dame il aurait été certes moins morale mais surtout moins couteux d’aller chercher les service d’une professionnel
    2 : la curiosité est un vilain défaut
    3 : Recevoir par la poste un recueille de poésie des poète québécois du 19e siècles est effectivement une surprise mais certainement pas agréable

  12. @Sombre Déréliction: Certes.

    @Math Bé: Je suis surpris d’apprendre en ce jour gris que tu as jadis succombé à Québec Loisirs. Je comprends toutefois que tu te sois plutôt incliné devant les charmes de l’une de leurs succubes maléfiques. Tel que mentionné par ce vieil adage: « On apprend de nos erreurs. » Certaines sont toutefois plus couteuses que d’autres. Merci d’avoir partagé ton expérience avec nous, je devrais songer à prendre la place de Claire Lamarche dans la communauté.

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